Rencontre avec BIOMODEX : une start-up française prête à révolutionner la chirurgie avec ses organes imprimés en 3D

biomodex et ses organes imprimés en 3D

Confirmant l’excellence de la France dans le biotech et la santé, et la qualité de ses start-up dans ce domaine, depuis plus d’un an, une jeune pousse parisienne dénommée BIOMODEX défraye l’actualité avec ses organes synthétiques imprimés en 3D. S’appuyant sur une étude américaine désignant les erreurs médicales comme la troisième cause de mortalité aux Etats-Unis soit 400 000 morts par an, la société développe des maquettes des simulations chirurgicales imprimées en 3D, visant à améliorer la sécurité des soins en formant et préparant les médecins. Accélérée par Dassault Systems et déjà soutenue par de nombreux investisseurs, la start-up fondée il y a seulement 2 ans connaît des débuts très prometteurs. Co-fondateur de BIOMODEX, Thomas Marchand nous livre les clefs d’une solution Made in France à même de disrupter la chirurgie.

« notre technologie a le potentiel de participer à l’amélioration des résultats d’opérations chirurgicales de millions de patients dans le monde »

Thomas Marchand

Thomas bonjour, pourriez-vous vous présenter ? Parlez-nous de votre parcours et de votre cursus.

Bonjour Alexandre ! Oui bien sûr, je suis Thomas, 33 ans, entrepreneur. Je suis diplômé de l’ESSEC et avant BIOMODEX, j’ai créé une première start-up dans le domaine des services à la personne. London Music (qui existe toujours) est une plateforme de mise en relation entre des professeurs de musique et des particuliers recherchant des professeurs à domicile. J’ai créé et dirigé seul cette société pendant 7 ans avant de la revendre au leader du marché (Allegro Musique) en 2014. J’ai commencé avec un élève en 2007 et nous avons eu a gérer plus de 1000 clients dans 52 villes en France.

« construire ensemble un leader du domaine de l’impression 3D appliquée à la santé »

Présentez-nous Biomodex. Quelle est sa genèse de cette start-up et qui sont ses protagonistes ?

Lors de mes études, j’ai travaillé sur le thème de la façon de valoriser l’impression 3D dans le domaine de la santé, qui était très peu développée à l’époque. J’ai rencontré à cette époque Sidarth Radjou, ingénieur qui sortait de l’école Centrale Paris et qui avait de son côté travaillé sur l’imagerie médicale et la biomécanique appliquées à l’impression 3D. Avec nos compétences complémentaires, nous nous sommes naturellement associés avec pour objectif de construire ensemble un leader du domaine de l’impression 3D appliquée à la santé et plus particulièrement dédié à l’entraînement chirurgical.

Sidarth Radjou

Durant la première année, nous avons constitué un comité exécutif composé d’un directeur du design (Pierre-benoît Pirlot), un directeur produit (Armand Dolui), une directrice des opérations (Anna Garrec) et enfin un directeur de logistique et production (Andreas Jakobsson). Chacun des membres de l’équipe a ensuite construit sa propre équipe pour porter le nombre de membres à 25 personnes aujourd’hui (nous serons 35 fin 2017). Pour ma part, j’ai créé une filiale aux Etats-Unis où je me suis installé pour diriger l’équipe de marketing et de business développement.

BIOMODEX développe des organes synthétiques imprimés en 3D à partir de l’imagerie médicale destinés à l’entraînement des chirurgiens. Nous avons deux applications principales :

La première est l’entraînement des chirurgiens sur des pathologies ou des traumatismes, une sorte de catalogue de cas patients qui peuvent être commandés sur une plateforme web pour former des étudiants en médecine ou des chirurgiens souhaitant se perfectionner sur un geste chirurgical en particulier.

La seconde application – qui pourrait disrupter le domaine de la chirurgie – est l’entraînement pré-opératoire patient-spécifique. A partir de l’imagerie médicale de Mme Martin, on imprime en 3d l’organe synthétique de Mme Martin pour que son chirurgien puisse s’entraîner la veille de l’opération sur l’anatomie de sa patiente. On espère ainsi prouver une forte baisse du risque chirurgical et donc des complications, des ré-hospitalisations et des coûts associés.

« C’est ici que la magie s’opère et où le cœur de notre technologie réside : la technologie INVIVOTECH »

Pourriez-vous nous décrire les étapes de fabrication de vos modèles 3D ? Quel procédé d’impression 3D utilisez-vous ?

Notre processus de production part toujours d’une imagerie médicale (scanner, IRM ou échographie). Nous extrayons ensuite la région d’intérêt ciblée (cela s’appelle la segmentation) et nous obtenons ainsi une forme 3D. C’est ici que la magie s’opère et où le cœur de notre technologie réside : la technologie INVIVOTECH. Nous avons développé un algorithme qui calcule des matériaux composites (des mélanges de matériaux) pour reproduire les caractéristiques biomécaniques des tissus et la façon dont ils se comportent à l’intérieur du corps humain. Pour les ingénieurs, nous sommes le chaînon manquant entre l’analyse en éléments finis et l’impression 3D.

Cet algorithme nous permet de ne pas être dépendant d’une seule technologie d’impression 3D. Nous pouvons reproduite la même pièce avec les mêmes fonctionnalités mécaniques sur des machines multi-matériaux A ou B sans différence notable pour les chirurgiens lors d’une simulation sur nos organes synthétiques. Nous sommes très fiers d’avoir pu développer cette technologie avec le soutien de Dassault Systèmes et plus particulièrement son programme d’accélération 3D Experience Lab. Nous avons ainsi accès aux meilleurs logiciels de 3D et de simulation numérique du marché, de la formation, du coaching et bien d’autres choses encore. Cela nous assure un réel avantage et nous permet d’aller bien plus vite que tout potentiel concurrent entrant sur le marché.

« trouver des solutions et nous permet de revendiquer les organes synthétiques les plus sophistiqués et les plus fidèles »

Combien votre catalogue compte t-il de produits aujourd’hui ? Quels sont-ils ?

Nous intervenons aujourd’hui dans 4 domaines : l’ORL (oreille), l’orthopédie (poignet et cheville), le neurovaculaire (artères intracraniennes) et le cadiovasculaire. Tous ces domaines sont passionnants ! Nos chefs de projets qui sont spécialisés par verticales rencontrent tous les jours des challenges pour reproduire la complexité topologique ou biomécanique du corps humain mais notre excellente équipe fait en sorte de trouver des solutions et nous permet de revendiquer les organes synthétiques les plus sophistiqués et les plus fidèles qui existent aujourd’hui.

Simulateur ORL TBS (Temporal Bone Simulator) avec os d’oreille

Quels sont les atouts mais aussi les limites de votre solution par apport aux pièces anatomiques d’humains ou d’animaux ?

La question à poser est peut-être l’inverse : quelle est la limite des pièces anatomiques ou des animaux aujourd’hui ? Il existe de nombreux problèmes de confort, d’anatomie, de logistique et d’éthique lorsque l’on utilise les solutions actuelles. Aujourd’hui, nous n’avons pas connu de limites qui soient bloquantes pour adresser une application chirurgicale en particulier, nous revendiquons apporter une solution qui puisse non seulement être un complément aux solutions actuelles, mais surtout parfois, permettre de les remplacer.

« lorsque cela est nécessaire, nous reproduisons le flux sanguin dans une artère grâce à nos Stations »

Jusqu’où vos modèles 3D poussent-ils le réalisme ? Peuvent-ils saigner ?

Notre objectif n’est pas forcément de développer des organes qui soient à 100% réalistes. Il est de réaliser d’excellents supports de formation qui puissent permettre d’obtenir de meilleurs résultats pédagogiques que l’entraînement sur les pièces anatomiques ou l’animal. Par exemple, le saignement peut-être un frein à l’acquisition de connaissances ou de compétences pratiques. Toutefois, lorsque cela est nécessaire, nous reproduisons le flux sanguin dans une artère grâce à nos Stations qui chauffent le sang à 37 degrés pour permettre par exemple à un dispositif médical (une prothèse) de se comporter comme dans le corps d’un patient.

Se pose également la question du coût… Concernant votre solution d’enseignement et formation, même si un cadavre engendre beaucoup de dépenses et de contraintes (frais de conservation, transport, préparation du corps, parfois embaumement, crémation…), elle doit j’imagine être beaucoup moins accessible. Que pouvez-vous nous dire là-dessus ?

BIOMODEX n’est pas encore entré dans une phase de commercialisation de ces produits, nous ne communiquons donc pas encore sur le coût de nos solutions. Toutefois, nous pouvons dire qu’au regard des résultats pédagogiques ou cliniques attendus et du plus haut niveau, le coût de cette technologie sera tout à fait justifié dans un environnement santé centré autour de la valeur clinique « Value based healthcare ».

Biomodex constitue une vraie révolution en terme d’enseignement théorique pour les étudiants, de formation et de préparation préopératoire. Comment avez-vous été accueillis par le corps médical ? Fort de votre antenne à Boston, avez-vous constaté un accueil différent entre les chirurgiens américains et français par exemple ? Combien de chirurgiens avez-vous déjà formé ?

Nous avons le privilège d’avoir une offre et une solution qui est extrêmement bien accueillie par le corps médical. Nous avons la chance de travailler avec les plus grands spécialistes dans leurs domaines comme par exemple le professeur Liverneaux en Orthopédie, le Professeur Jacques Moret en Neuroradiologie ou le Professeur Cribier en Cardiologie. Nous n’avons pas noté de différence majeure entre les chirurgiens américains ou européens, mais nous avons noté que la valeur clinique que nous apportons est unanimement remarquée et validée. En 2016, nous avons participé à la formation de 300 chirurgiens, nous atteindrons le chiffre de 1500 en 2017.

« BIOMODEX sera, nous l’espérons, la prochaine licorne française »

Depuis sa création, Biomodex a reçu de nombreux prix et levé plusieurs millions d’euros. Aujourd’hui quelle est votre actualité et votre feuille de route ? Des rêves de licorne ?

Notre feuille de route est simple. Nous souhaitons accélérer le développement de BIOMODEX en défendant notre vision : « Enhancing Clinical Training », c’est à dire permettre d’améliorer l’entraînement clinique qu’il soit sous forme de formation ou de planning pré-opératoire patient-spécifique. Sur ce dernier thème, nous pensons que BIOMODEX a le potentiel de devenir partie prenante dans le parcours de soin des patients en faisant baisser significativement le risque opératoire.

BIOMODEX sera, nous l’espérons, la prochaine licorne française car notre technologie a le potentiel de participer à l’amélioration des résultats d’opérations chirurgicales de millions de patients dans le monde, en apportant plus sûreté. Nous souhaitons aussi lier de nouveaux partenariats comme nous l’avons fait récemment avec INVIVOX (voir vidéo ci-dessous) et nous continuer à nous positionner comme acteur de référence du domaine. Enfin, le financement de notre accélération est un sujet qui nous occupe naturellement beaucoup et nous pouvons compter sur le soutien de la BPI (banque publique d’investissement) pour cela. La France est un paradis pour entreprendre dans l’innovation en ce moment !

« Notre ambition est de voir notre solution adoptée par 500 hôpitaux aux USA »

Pour l’heure quels sont les principaux freins (réglementaires, techniques…) au développement de votre solution et comment la voyez-vous évoluer dans les années à venir ?

Nous n’avons pas identifié à ce jour de freins majeurs, grâce notamment à notre capacité à reproduire tout type de matériaux pour répondre à la majorité des contraintes biomécaniques du corps humain. Notre ambition est de voir notre solution adoptée par 500 hôpitaux aux USA dans les trois ans, soit 10 000 organes par an d’ici 2020.

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