
Ces dernières années, l’impression 3D et son marché ont connu de profondes transformations, portées à la fois par des innovations technologiques majeures et par l’évolution des usages professionnels, le tout sur fond de tensions économiques et géopolitiques. Mais alors que l’essentiel des avancées ont été réalisées, l’attention semble désormais se déplacer des révolutions promises vers une quête d’améliorations plus modestes, mais devenues indispensables pour gagner à la fois en fiabilité, productivité et maîtrise des coûts. Moins spectaculaire en apparence, la phase de maturité dans laquelle est entrée la fabrication additive n’en demeure pas moins décisive pour son adoption par le monde industriel et pour son ancrage durable dans les pratiques. Pour améliorer votre compréhension du marché de l’impression 3D et sa dynamique actuelle, je vous ai listé huit chiffres clés. Des données couvrant des tendances et prévisions aussi variées que les technologies les plus populaires, les matériaux les plus utilisés et les secteurs phares.
1. Un marché de 15,9 milliards de dollars
Mondialement reconnu pour ses données détaillées du marché de l’impression 3D, AM Research compte parmi les analystes à suivre. Dans sa dernière étude portant sur une année complète, à savoir 2024, le cabinet américain estime que le marché mondial de la fabrication additive, incluant les imprimantes 3D métal, polymères et céramiques, ainsi que les matériaux et les services associés, a généré 15,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Cela correspond à une augmentation de 8,3 % par rapport à l’année précédente.
Dans le détail, le marché a progressé de 3,49 milliards de dollars au troisième trimestre 2024 à 3,68 milliards de dollars au quatrième trimestre 2024. Malgré un net ralentissement du marché ces trois dernières années, beaucoup d’analystes émettent des prévisions optimistes pour l’année 2025. Dans sa dernière étude, AM Research indique que le marché mondial de la fabrication additive a atteint 3,58 milliards de dollars au premier trimestre 2025, enregistrant ainsi une hausse de 9 % par rapport à l’année précédente.
Les perspectives de l’impression 3D métal ont été revues à la hausse, confirmant le potentiel de transformation du secteur. Au premier trimestre 2025, la fabrication additive métallique a atteint 1,52 milliard de dollars, contre 1,37 milliard un an plus tôt.
La fabrication additive polymère a elle aussi renoué avec la croissance, atteignant 2,06 milliards de dollars contre 1,90 milliard au premier trimestre 2024. Dans la même dynamique, le marché des services de fabrication additive est passé de 1,77 à 2 milliards de dollars.
2. 5,2 milliards de dollars rien que pour le secteur dentaire
Toujours selon les experts AM Research, en 2024, le secteur dentaire en généré à lui tout seul un tiers du chiffre d’affaires du marché mondial et global de la fabrication additive, soit 5,2 milliards de dollars. Le cabinet d’étude estimait qu’à la fin de l’année 2024, 15 % des cabinets dentaires américains étaient équipés d’au moins une imprimante 3D, soit environ 30 000 imprimantes.
Un résultat pas si surprenant quand on connait la culture technologique des professionnels issus de ce secteur précurseur dans l’adoption de l’impression 3D. L’autre explication fournie par AM Research est que les laboratoires dentaires ont su profiter de la baisse des prix du matériel (principalement des imprimantes 3D résines), combinée d’une automatisation accrue.
AM Research prévoit que ce marché de l’impression 3D dentaire pourrait doubler d’ici 2033 pour atteindre les 9,6 milliards de dollars, ce malgré une croissance des autres segments qui devrait réduire la part du secteur dentaire à environ 17 % du marché global de la fabrication additive.
3. 10,72 milliards d’euros pour le segment polymère et métal
Autre analyste réputé pour ses rapports sur le marché AM, AM Power estime qu’en 2024 le marché mondial de la fabrication additive industrielle de métaux et de polymères a atteint 10,72 milliards d’euros, englobant les ventes d’équipements, de matériaux et de pièces. Cela représente une croissance de 2 % par rapport à 2023.
Le cabinet précise que le chiffre d’affaires des ventes d’équipements est sensiblement équivalent entre les machines pour métaux et celles pour polymères. Cependant, le chiffre d’affaires généré par les fournisseurs de matériaux et de pièces en polymères est nettement supérieur, reflétant le développement plus important du marché des applications de la fabrication additive polymère et la tendance accrue à l’externalisation de la fabrication de pièces.
L’autre chiffre à connaître est que plus de la moitié du chiffre d’affaires du segment des systèmes PBF métalliques (fusion laser sur lit de poudre) est généré par une poignée de fabricants d’équipement d’origine (OEM). Les 10 principaux fabricants de PBF représentent 80 % du marché et jouent un rôle prépondérant dans le développement du secteur. Parmi ces entreprises figurant dans le Top 10, sans surprise on retrouve notamment EOS, Nikon SLM Solutions, Colibrium Additive, ou encore des OEM chinois tels que BLT et HBD.
4. Le marché AM métallique pour les satellites multiplié par 4
Secteur historique de la fabrication additive, l’aérospatiale est sans surprise une industrie avec laquelle qui va de plus en plus peser dans le marché AM dans les années à venir. En effet, en tant que consommateur de pièces à haute valeur ajoutée produites en petites séries, le domaine spatial rempli les critères idéaux pour tirer au mieux parti de cette technologie.
Dans un récent rapport d’Additive Manufacturing Research intitulé « AM for Satellites: a 3D Printing Market Opportunity », portant sur l’expansion rapide des lancements de satellites et le potentiel de pénétration de l’industrie de la fabrication additive sur ce marché, on apprend que d’ici 2033, au moins la moitié des pièces des satellites lancés pourraient être produites par fabrication additive. AM Research ajoute que le marché des systèmes de fabrication additive métallique dédiés à la production de satellites pourrait quadrupler sur la même période.
5. + 25 % pour le segment additive métallique
En 2024, le segment de l’impression 3D métal s’est de nouveau distingué, et particulièrement sur les ventes d’équipements dédiés. Selon une étude publiée par VoxelMatters, le marché mondial des imprimantes 3D métal a progressé de 25 %, ce qui correspond à un chiffre d’affaires de 2,35 milliards de dollars en 2024, contre 1,84 milliard de dollars l’année précédente.
Dans le détail, ce sont très exactement 5 239 systèmes de fabrication additive métallique qui ont été vendus cette année là, dont 460 systèmes différents, par 136 fabricants. Cela signifie qu’environ 11 unités de chaque système ont été vendues au cours de l’année.
Sur le plan régional, cette croissance serait largement tirée par l’Asie, plus particulièrement la Chine et l’Inde. Comme attendu, le constructeur qui s’est le plus distingué est le Japonais Nikon SLM Solutions, lequel a vu bondir son chiffre d’affaires de 36 %.
6. 15 % pour les systèmes d’impression 3D à polymérisation
Dans la lignée des bons résultats enregistrés par le secteur dentaire dont l’utilisation concerne principalement les systèmes à polymérisation, selon AM Power, autre analyste réputé pour ses rapports sur le marché AM, les fournisseurs de technologies de polymérisation en cuve surfacique ont enregistré une croissance de leur chiffre d’affaires de 15 % par rapport à l’année précédente.
Une tendance qui selon ses analystes s’expliquerait par le fort intérêt des professionnels de la dentisterie pour les technologies d’impression 3D résine à haute productivité.
Dans la logique de cette évolution des pratiques, les fournisseurs de technologies de polymérisation en cuve « conventionnelles » ont à l’inverse vu leur chiffre d’affaires chuter d’un tiers par rapport à l’année précédente.
7. Matériaux : les plastiques représentent 47,25 % du marché
Parmi les autres données intéressantes illustrant bien les avancées de l’impression 3D et les évolutions des pratiques, il y a celles fournies par Mordor Intelligence. Dans sa dernière étude dédiée aux matériaux d’impression 3D, l’analyste prévoit que ce marché devrait s’approcher des 2,99 milliards de dollars en 2025, pour atteindre les 8,10 milliards de dollars d’ici 2030, soit une croissance annuelle composée de 22,05 %.
Dans le détail, les autres enseignements à tirer de ce rapport est que les matériaux polymères, dominent encore les usages. En 2024, les plastiques représentaient 47,25 % des parts de marché des matériaux d’impression 3D. Pour autant ce sont les métaux qui devraient afficher le taux de croissance annuel composé (TCAC) le plus élevé, avec une progression de 23,24 % d’ici 2030.
En termes de format, sans surprise ce sont les filaments qui ont généré le plus de revenus, soit 68,42 % du marché des matériaux d’impression 3D en 2024, et devraient enregistrer un TCAC de 23,51 % jusqu’en 2030.
Lorsqu’on se penche sur les secteurs d’utilisation finale, les secteurs historiques continuent de s’illustrer. L’aérospatiale et la défense ont dominé le marché avec 36,28 % de part en 2024, tandis que le secteur automobile devrait connaître une forte croissance, avec un TCAC de 24,87 % entre 2025 et 2030.
Enfin, à l’échelle mondiale, c’est l’Amérique du Nord qui arrive en tête avec une part de 39,46 % en 2024. Selon les projections de Mordor Intelligence, la région Asie-Pacifique devrait néanmoins enregistrer le TCAC le plus élevé, soit 26,25 % jusqu’en 2030.
8. + 21 % pour les imprimantes 3D d’entrée de gamme
L’une des tendances fortes que l’on a pu observer ces deux dernières années sur le marché de l’impression 3D, concerne la montée en puissance des imprimantes 3D d’entrée de gamme. Dans sa dernière étude portant sur le deuxième trimestre 2025, le cabinet britannique CONTEXT fait état d’une croissance de + 21 % du chiffre d’affaires sur ce segment.
Portée par des baisses significatives dans toutes les autres catégories de prix, cette hausse repose sur une poignée de fabricants chinois tels que Creality et Bambu Lab. Combinée à la montée en performances de leurs machines, cette baisse de prix a mis sous pression le marché milieu de gamme. Ainsi, le chiffre d’affaires des systèmes professionnels a chuté de -29 %, tandis que celui des imprimantes milieu de gamme et industrielles a reculé respectivement de -11 % et -14 %.
Dans le détail, ce sont les machines à extrusion de matériaux (FDM/FFF), qui tiendraient la part la plus importante dans ce recul. Autrefois pilier du marché professionnel, ce segment subit donc de plein fouet la montée en gamme des modèles dits grand public. Pour quelques centaines d’euros supplémentaires, il est désormais d’acquérir une imprimante 3D de niveau professionnel ou s’en rapprochant.


