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Impression 3D et figurines : comment choisir ses résines ? L’avis d’un professionnel

choisir ses résines d'impression 3D

La démocratisation de l’impression 3D résine et ses progrès coïncident avec l’élargissement de ses capacités en termes de matériaux disponibles. Des résines photosensibles standards aux transparentes, en passant par matières colorées, flexibles ou calcinables, le choix n’a jamais été aussi vaste qu’aujourd’hui. À tel point qu’il est devenu difficile de s’y retrouver et de sélectionner la résine appropriée, celle dont les propriétés répondent à ses objectifs et sa technologie (SLA, DLP, LCD…). Utiliser le bon matériau compte en effet parmi ces critères importants à ne surtout pas négliger, car ils conditionnent la réussite du résultat final. L’impression de figurines par exemple, nécessite une résine qui puisse capturer les détails fins propres à ce type de pièces. Pour vous guider dans la sélection de vos résines pour vos projets de figurines, PRIMANTE3D a interrogé Dominique Perrin. Expert dans ce domaine, celui-ci a accepté de nous livrer quelques clefs. 

« Pour moi, ce qui est primordial, c’est d’abord le contraste et la couleur. Un bon équilibre permet de mettre en valeur les détails de manière naturelle avec la simple incidence de la lumière »

Bonjour Dominique, pour ceux qui ne connaîtraient pas encore, pourrais-tu te présenter et nous parler un peu de ton parcours.

Dominique Perrin

Dominique Perrin

Salut tout le monde ! Depuis 2001, je suis passionné par le modélisme, en particulier la peinture de figurines dans l’univers de Warhammer Battle et 40K. J’ai été initié à cet art par un ami d’enfance, peintre professionnel. Depuis, je n’ai cessé de perfectionner mes compétences, surtout dans la peinture des figurines et des décors.

À 38 ans, je vis dans le sud de la France, au cœur de la campagne, où je trouve l’inspiration pour continuer à créer. En parallèle, je me suis également spécialisé dans l’impression 3D, une technologie qui s’aligne parfaitement avec ma passion pour la peinture et les figurines.

« Après 23 ans à explorer le monde passionnant du modélisme et de la peinture de figurines, j’avais l’impression de tourner en rond »

Ta découverte de l’impression 3D et de ses nombreux avantages par rapport aux techniques traditionnelles, a conduit à la création de Farmer Studio Miniatures. Dis-nous en plus sur les activités de cette entreprise.

Mon aventure dans l’impression 3D a débuté à un moment où je ressentais le besoin de renouveau. Après 23 ans à explorer le monde passionnant du modélisme et de la peinture de figurines, j’avais l’impression de tourner en rond. Je cherchais des créations plus personnalisées, uniques, et de meilleure qualité, tout en restant à des coûts abordables. C’est alors que j’ai découvert l’impression 3D.

Logo Farmer Studio Miniatures

Logo Farmer Studio Miniatures

J’ai investi dans une petite imprimante, la Sonic Mini 4K, une des premières de chez Phrozen, que j’ai installée dans mon garage – oui, les débuts étaient modestes ! J’ai dû surmonter quelques échecs initiaux, mais rapidement, j’ai été séduit par la qualité, l’économie, et les avantages de cette technologie. Dès que les gens ont su que je possédais une imprimante 3D, le bouche-à-oreille a fait le reste : les demandes pour des impressions de figurines, à la fois à des prix abordables et d’une qualité exceptionnelle, se sont accumulées.

C’est alors que j’ai pris conscience de l’ampleur et de l’évolution rapide du marché de l’impression 3D. Cela m’a poussé à envisager d’allier ma passion à une activité professionnelle. En parallèle, j’ai entrepris de me former à la modélisation 3D afin de créer mes propres designs (avec une surprise à venir prochainement). Le nom « Farmer Studio Miniatures” tire son origine du terme anglais « ferme », faisant écho à mon environnement de vie à la campagne où je suis littéralement dans une mini ferme, où je suis entouré d’animaux. Quant aux couleurs orange et jaune en dégradé, elles évoquent le soleil éclatant du Sud de la France.

« Concernant les résines, il est facile de s’y perdre, car les prix peuvent varier considérablement sans garantir une qualité supérieure »

Lorsqu’on imprime en 3D, qui plus est dans le cadre professionnel, le choix du matériau est très important. Explique-nous en quoi il conditionne la réussite d’une impression 3D ?

(crédits photo : Dominique Perrin)

Le choix et la qualité des imprimantes 3D sont cruciaux, compte tenu de la multitude d’options disponibles sur le marché et de la profusion de publicités parfois exagérées. Il est important de rester vigilant, notamment en ce qui concerne la résolution en micron de l’écran LCD : plus elle est basse, meilleure sera la qualité d’impression. Les caractéristiques telles que 4k, 8k, 12k, ou 14k viennent ensuite.

Mais d’autres aspects doivent également être pris en compte, que je détaille dans mes vidéos sur YouTube @farmer-studio-miniatures. Concernant les résines, il est facile de s’y perdre, car les prix peuvent varier considérablement sans garantir une qualité supérieure. Dans ma vidéo je propose des explications et des références pour vous orienter vers des choix judicieux.

Ensuite il faut bien organiser son environnement de travail pour minimiser les risques, les accidents et surtout optimiser au maximum les manipulations et le temps. Enfin, une bonne préparation sur le slicer et une dose de patience sont nécessaires, car l’impression 3D est une technologie délicate qui demande du temps et de l’apprentissage pour être maîtrisée efficacement.

« Je réalise des économies considérables en termes de temps grâce au choix du film pour le bac de résine »

En quoi ce choix impacte-il également ton process de fabrication, notamment en termes de vitesse d’impression et de temps de post-traitement ?

Dominique Perrin nettoyant un plateau d'impression avec de l'alcool IPA

Dominique nettoyant un plateau d’impression avec de l’alcool IPA (crédits photo : Dominique Perrin)

Je réalise des économies considérables en termes de temps grâce au choix du film pour le bac de résine. Par exemple, avec un film ACF, je peux imprimer 4 à 6 fois plus vite. J’ai expliqué ce processus dans une vidéo disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=RyQnspeAGRs

De plus, toutes les imprimantes ne sont pas capables d’augmenter drastiquement les vitesses de déplacement du plateau, mais chez Phrozen, c’est possible avec une simple mise à jour du firmware. De même, la duplication des machines de post-traitement permet de réaliser plusieurs tâches simultanément. Par exemple, pendant que je nettoie une impression avec de l’alcool IPA, je peux déjà exposer une autre impression aux UV.

« Je recommande plutôt de demander des échantillons, de réaliser des impressions tests, et ensuite de faire un choix éclairé »

En tant que spécialiste de l’impression 3D de figurines, comment choisis-tu tes résines ? Quels critères doivent-elles cocher ?

Pour moi, ce qui est primordial, c’est d’abord le contraste et la couleur. Un bon équilibre permet de mettre en valeur les détails de manière naturelle avec la simple incidence de la lumière. Ensuite, je privilégie une résistance combinée à une certaine souplesse, de préférence avec une teinte grise, car je la trouve polyvalente pour la peinture ainsi que pour une exposition sans peinture. Le gris bien contrasté est esthétiquement très agréable à mes yeux.

En ce qui concerne le prix, je recherche un bon rapport qualité-prix. Par exemple, je constate qu’une résine à 70 € le litre offre souvent la même qualité qu’une autre à 26 – 30 €. Il est donc important de ne pas se précipiter sur chaque nouvelle résine qui sort. Je recommande plutôt de demander des échantillons, de réaliser des impressions tests, et ensuite de faire un choix éclairé.

Personnellement, cela m’a pris au moins un an de tests avec de nombreuses résines pour trouver celle qui me convient le mieux. Actuellement, celle que je recommande est celle-ci : https://www.youtube.com/watch?v=RyQnspeAGRs.

« pour obtenir des détails plus fins, il est préférable de choisir des couleurs plus sombres »

Explique-nous comment les couleurs des résines peuvent affecter divers aspects du processus de post-traitement et du résultat final et tes préférences en la matière.

Dominique Perrin utilisant aérographe pour peindre l'un de ses miniatures

Dominique utilisant un aérographe pour peindre l’une de ses figurines (crédits photo : Dominique Perrin)

En ce qui concerne le post-traitement, plus la résine tend vers le gris foncé, plus les défauts deviennent apparents, tels que les supports retirés, les résidus d’alcool IPA mal nettoyés, et l’aliasing. D’autre part, plus la résine est claire, comme le blanc par exemple, moins les défauts sont visibles, mais cela peut entraîner une perte de détails, car le contraste est moindre. Ainsi, pour obtenir des détails plus fins, il est préférable de choisir des couleurs plus sombres, comme le gris, mais cela nécessite une expertise accrue en impression 3D et en post-traitement.

En ce qui concerne les types de résine, une résine standard convient davantage à un usage général, tel que l’exposition et/ou la peinture. En revanche, les résines telles que l’ABS-like ou celles utilisées pour le prototypage offrent une résistance et une souplesse accrues, ce qui les rend idéales pour des pièces utilitaires ou mécaniques, ou encore pour des jeux de plateau nécessitant une manipulation fréquente. Cependant, elles peuvent entraîner une perte de détails en raison de leur viscosité.

« Actuellement, j’utilise les Sonic Mighty 12K et je prévois d’acquérir prochainement de nouvelles imprimantes 14K. »

En rappelant au préalable avec quelles machines tu travailles, après plusieurs années d’expérience, quelles résines d’impression 3D ont aujourd’hui tes préférences et pourquoi ? Prix élevés ne riment pas forcément avec qualité. Aurais-tu une recommandation de résine bon marché à nous partager ? 

Je travaille exclusivement avec des machines de la marque taïwanaise Phrozen. À l’origine destinées aux professionnels, elles ont été rendues accessibles aux particuliers il y a quelques années. Pour moi, ces machines offrent une qualité et une fiabilité remarquables, et le service après-vente est rapide et efficace en cas de besoin. Actuellement, j’utilise les Sonic Mighty 12K (anciennement 8K), et je prévois d’acquérir prochainement de nouvelles imprimantes 14K.

En ce qui concerne la résine, c’est la Jamg HE standard plus 10K nebular Grey qui a le plus de succès, après avoir effectué des tests d’impression, dont les résultats sont disponibles dans ma vidéo. Avec cette vidéo, j’ai attiré l’attention de la firme internationale Jamg HE, qui m’a proposé de devenir distributeur en France (parmi d’autres). Aujourd’hui, j’ai accès à un catalogue professionnel de résines ainsi qu’à des futures sorties (surprise ! Bientôt une vidéo sur une nouvelle résine révolutionnaire).

Pour moi, il s’agit d’une des résines offrant le meilleur rapport qualité-prix, avec un prix compris entre 30 et 36 € le litre (et moins avec mon code promo JHFRS88). Elle offre une qualité similaire à celle de résines de marques très connues vendues à 69 € le litre. Avec le risque de gaspillage en cas d’échecs d’impression 3D, cela peut rapidement devenir onéreux. Cette résine est disponible dans de nombreuses couleurs et possède diverses propriétés.

« même si l’intelligence artificielle suscite la polémique, je perçois une opportunité d’améliorer encore davantage les créations »

Les imprimantes 3D résine et leurs matériaux ont connu de nombreuses évolutions ces dernières années. Quelles avancées entrevois-tu et espères-tu à l’avenir pour ton activité ?

C’est une véritable bénédiction, même si l’intelligence artificielle suscite la polémique. Je perçois une opportunité d’améliorer encore davantage les créations. En effet, l’IA permettra de réaliser des sculptures à partir de photographies ou de descriptions, mais une intervention manuelle sera nécessaire pour les corriger, les améliorer et les personnaliser. Cependant, cela soulève des questions : restons-nous dans le domaine de la création ? Risquons-nous le plagiat ? Sommes-nous en train de devenir dépendants de l’assistanat ?

Cela entraînera inévitablement une augmentation considérable du contenu des créations, notamment des figurines à imprimer (on sera dans la production de masse de fichier stl). Cela provoquera également une baisse drastique des prix des fichiers STL, qui sont déjà bas, et encouragera davantage de personnes à se lancer dans la création.

Par conséquent, je pense que le prochain défi sera d’apprendre à imprimer de manière fiable et de haute qualité, sans rencontrer d’échecs très rapidement sans un temps d’apprentissage long. En effet, avec l’explosion des ventes d’imprimantes 3D, tout le monde en aura une, et le catalogue de créations ne cessera d’augmenter. C’est pourquoi j’offre gratuitement (sous conditions) des formations, ainsi qu’un kit de survie express permettant de résoudre les problèmes d’impression.

« En ce qui concerne la qualité d’impression, nous avons déjà atteint des sommets, et il sera difficile de faire mieux »

En ce qui concerne la qualité d’impression, nous avons déjà atteint des sommets, et il sera difficile de faire mieux. Les résolutions de 8K, 12K, 14K et plus deviennent davantage un argument commercial qu’autre chose, bien que cela puisse se faire sentir sur des impressions de plus grande taille. Pour moi, le deuxième défi majeur consiste à simplifier et à améliorer le post-traitement, qui reste le point faible de l’impression 3D en résine et pourquoi une machine qui fait tout en une fois ! (imprimer, retrait des supports et post-traitement).

L’avancée la plus notable réside clairement dans l’utilisation de l’IA dans le processus de création de sculptures destinées à l’impression 3D mais aussi dans le type de résine, comme la résine céramique… On aura une usine de fabrication chez soi à portée de tous, tout le monde deviendra autonome dans tous les domaines (alimentaires, énergies, fabrications, etc).

Alexandre Moussion