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Al Seer Marine : une imprimante 3D géante de 36 m de long pour fabriquer ses bateaux

Système de fabrication additive à très grande échelle développé par CEAD

MEGA II, le dernier système de fabrication additive à très grande échelle développé par CEAD (crédits photo : Al Seer Marine)

De sa compatibilité matériau à son niveau d’automatisation, sur de nombreux aspects l’impression 3D continue de progresser pour répondre aux besoins de l’industrie. Au point d’avoir ces dernières années littéralement explosé ses limites en termes de volume de fabrication. Là où fut un temps les plus grosses machines industrielles avaient toutes les peines à produire des pièces au-delà des 50 cm, désormais il faut compter en mètres. Un progrès qui s’explique notamment par l’arrivée de nouveaux procédés additifs voués à s’affranchir des limites imposées par les enceintes de fabrication. Couplés ou non à des systèmes à des bras robotisés, ces nouvelles solutions sont en train de changer la donne.

La tendance que l’on observe est que cette capacité XXL offerte aux industriels pour produire rapidement de grandes pièces complexes sans assemblage, s’étend à des applications aux dimensions toujours plus grandes. Il n’est plus uniquement question de maquettes ou de moules. Les fabricants sont en train de hisser leur technologie à des échelles qu’il eût été difficile d’envisager aux débuts de l’impression 3D. On parle désormais de structures d’avions ou de bateaux.

Sur ce créneau encore naissant, le dernier challenger se nomme CEAD. D’origine néerlandaise, cette entreprise spécialiste des systèmes de fabrication additive à grande échelle, a récemment dévoilé ce qu’elle revendique comme la plus grande imprimante 3D au monde. Une affirmation qui sur le papier en tout cas, semble être juste, puisque la société annonce un volume de fabrication autorisant des pièces gigantesques pouvant mesurer jusqu’à 36 mètres de long et 5 mètres de large. Jusqu’alors, la palme revenait au spécialiste des machines outils grande échelle Ingersoll Machine Tools. En collaboration avec le laboratoire ONRL à qui l’on doit les imprimantes 3D géantes BAAM et LSAM, ce fabricant a mis au point un système qui autorisait un volume de construction de 7 x 3 x 14 mètres. Les marchés visés par les deux partenaires comprennent notamment l’énergie éolienne, l’aérospatiale, l’automobile et la défense.

CEAD (pour Composite Additive Manufacturing), explique quant à lui avoir développé sa solution appelée « Mega II », pour produire des conceptions complexes à grande échelle comme celle d’un bateau. Le tout avec une vitesse et une précision inégalées. Depuis décembre dernier, les capacités hors normes de sa technologie sont aux mains d’un premier client du nom de Al Seer Marine. Non des moindres puisqu’il s’agit du leader de la conception et la fabrication de navires au Moyen-Orient et Afrique du Nord.

« La décision de l’entreprise de se lancer dans la fabrication additive témoigne de l’influence croissante de cette technologie et de ses diverses applications dans de nombreux secteurs »

Mega II" est une imprimante 3D composite basée sur l'extrusion de granulés

Mega II est une imprimante 3D composite basée sur l’extrusion de granulés (crédits photo : Al Seer Marine)

Evalué à 240 milliards de dollars, ce géant du maritime habitué des gros volumes, possède une expertise dont on a hâte de voir comment elle va se combiner avec l’impression 3D. Pour comprendre la stratégie de cette société peu bavarde sur sa nouvelle acquisition, il faut parcourir ses derniers communiqués. Le 12 janvier dernier, l’entreprise révélait le lancement d’une nouvelle unité de production dédiée à la fabrication additive. L’idée étant de s’appuyer sur bienfaits de l’impression 3D pour produire des pièces et des systèmes plus légers et plus résistants. Grâce à elle, ses ingénieurs seront en mesure de concevoir des pièces d’une complexité accrue, dans des délais considérablement réduits et de manière plus durable.

Concernant les applications, Al Seer Marine indique vouloir tirer parti des dernières technologies de fabrication additive pour la fabrication en interne de navires tels que des yatchs, mais aussi des véhicules sans pilotes, parmi lesquels des bateaux de surface sans équipage (USV) et des sous-marins. La société Emirates ajoute que son unité commerciale développera également des produits et des pièces imprimés à grande échelle qui sont très demandées au niveau régional et mondial.

« Al Seer Marine s’est engagé à faire en sorte que sa proposition de valeur évolue constamment de manière significative et innovante. » a déclaré Guy Neivens, directeur général d’Al Seer Marine. « La décision de l’entreprise de se lancer dans la fabrication additive témoigne de l’influence croissante de cette technologie et de ses diverses applications dans de nombreux secteurs. Cette adoption croissante a été largement stimulée par le processus numérique qui sous-tend la fabrication additive, qui permet de créer des pièces sur mesure avec des géométries complexes et peu de déchets – réduisant rapidement les coûts et les considérations de poids tout en maintenant la résistance et l’intégrité de la pièce.« 

Si peu d’informations ont filtré pour le moment quant aux spécifications et fonctionnement de la, CEAD indique que sa « Mega II » est une imprimante 3D composite basée sur l’extrusion de granulés. L’impression serait assurée par deux bras robotiques. L’intérêt de Al Seer Marine pour la fabrication additive pourrait également être liée à des enjeux de défense territoriale pour les Émirats arabes unis. Le fait que le président de la maison mère d’Al Seer Marine « International Holding Company (IHC) », son Altesse Cheikh Tahnoon bin Zayed Al Nahyan, occupe également le poste de conseiller à la sécurité nationale donne une autre perspective. Les menaces et rivalités qui peuvent peser sur les EAU de la part de pays comme l’Arabie Saoudite et l’Iran, sont l’une des raisons qui font dire que la protection de son littoral constitue un enjeu majeur.

L’utilisation de l’impression 3D pourrait donc jouer un rôle important dans la souveraineté et la sécurité des Émirats arabes unis. Le fait de pouvoir produire rapidement et localement des bateaux tels que des navires sans équipage (USV) lui permettrait de renforcer ses capacité à protéger ses côtes et infrastructures maritimes et pétrolières, tout en augmentant son indépendance en matière de défense.

Alexandre Moussion