
L’immeuble imprimé en 3D de Reims, dont j’ai pu découvrir les coulisses lors de son inauguration en avril dernier, témoigne du passage de l’impression 3D béton du stade expérimental à celui de réalisations à grande échelle.
Retenue par le chantier rémois, la technologie de COBOD International a relevé un nouveau défi au Portugal. Havelar, spécialiste local de l’impression 3D béton, l’a utilisée pour construire un bâtiment public de 500 m² en seulement neuf jours.
Situé à l’Ecocentro de Perafita, dans la municipalité de Matosinhos, au nord du Portugal, ce bâtiment de 500 m² est destiné à accueillir les bureaux d’un centre de recyclage. Réalisé pour le compte des autorités locales, le projet se distingue par sa rapidité d’exécution, mais aussi par sa capacité à respecter le budget prévu, une performance particulièrement notable dans le domaine
des constructions publiques.
Pour réaliser ce chantier, Havelar s’est appuyée sur une imprimante 3D COBOD BOD2, la même technologie que celle utilisée pour l’immeuble 3D de Reims. Selon le même procédé, la machine dépose le béton couche par couche à partir d’un modèle numérique, permettant de réaliser directement les murs du bâtiment sur site. Mobilisant une équipe de quatre personnes, l’ensemble des murs a ainsi pu être achevé en seulement neuf jours d’impression.
« Le principal avantage est le gain de temps. En termes de construction, on parle d’un tiers : un tiers du temps, un tiers des matériaux et un tiers de la main-d’œuvre. Il ne s’agit pas seulement de l’aspect recyclage ; nous avons également pu construire un tel bâtiment avec une équipe de seulement quatre personnes », commente José Maria Ferreira, fondateur et PDG de Havelar.
« Les murs extérieurs courbes jouent également un rôle structurel et, grâce à l’ombre qu’ils projettent, nous pouvons optimiser les apports solaires en jouant sur l’alternance entre zones d’ombre et exposition au soleil »

Vues extérieures et intérieures du centre de recyclage réalisé en impression 3D béton, où les colonnes courbes et les murs apparents illustrent la liberté architecturale offerte par cette technologie. Les géométries complexes assurent à la fois stabilité structurelle, protection solaire passive et identité esthétique du bâtiment.
Comme sur le chantier de Reims, ce projet portugais a mis en évidence plusieurs avantages liés à l’impression 3D dans la construction, notamment une meilleure coordination entre les différents corps de métier. En permettant aux équipes d’intervenir plus rapidement en parallèle, sans attendre les temps de séchage traditionnels, cette technologie contribue à réduire les délais, tout en offrant de nouvelles possibilités architecturales.
« Grâce à l’impression 3D appliquée à la construction, les différents corps de métier peuvent travailler en parallèle ; il n’est pas nécessaire d’attendre que les murs ou les dalles sèchent avant l’intervention de l’électricien, du carreleur ou du charpentier. Les murs extérieurs courbes jouent également un rôle structurel et, grâce à l’ombre qu’ils projettent, nous pouvons optimiser les apports solaires en jouant sur l’alternance entre zones d’ombre et exposition au soleil. » ajoute Bárbara Rangel, chercheuse à la Faculté d’ingénierie de l’Université de Porto.
Au-delà de la rapidité d’exécution, cette technologie a également offert davantage de liberté à la conception architecturale. Le bâtiment intègre notamment des formes courbes, plus complexes à réaliser avec les méthodes de construction classiques, tout en limitant les ressources humaines mobilisées sur le chantier.
À l’instar du chantier de Reims, Havelar a fait le choix de laisser les murs imprimés apparents, sans ajout d’enduit, afin de mettre en valeur l’esthétique singulière des strates laissées par le procédé d’impression 3D.
Ce nouveau projet illustre ainsi le passage progressif de l’impression 3D dans la construction vers des applications concrètes et à grande échelle. Après avoir démontré son potentiel sur des bâtiments résidentiels, cette technologie commence désormais à trouver sa place dans des projets publics, où la réduction des délais et la maîtrise des coûts sont des enjeux majeurs.
Havelar a continué de capitaliser sur le succès de ce projet. Depuis l’achèvement du centre de recyclage, l’entreprise a imprimé 32 logements à Porto, et 53 autres maisons doivent être construites courant 2026.
« Havelar a livré un bâtiment public en respectant le budget, avec une équipe de quatre personnes, tout en battant les délais de construction conventionnels. L’impression 3D de construction n’est plus une simple méthode alternative. Pour ce type de projet, c’est clairement l’option supérieure », conclut Philip Lund-Nielsen, cofondateur et directeur commercial (CCO) de COBOD International.


