
Si l’essor de l’impression 3D grand format ouvre des applications passionnantes dans de nombreux domaines, il reste souvent limité par la taille des imprimantes 3D disponibles. Les utilisateurs, majoritairement équipés de petites imprimantes de bureau, doivent encore jongler avec des machines inadaptées aux pièces de grandes dimensions. Faute d’outils réellement adaptés, ils doivent multiplier les réglages complexes, chronophage et coûteux, pour un résultat rarement à la hauteur. C’est pour répondre à ce besoin que Qualup, fabricant français spécialisé dans les imprimantes 3D FFF industrielles haute température, a développé Split3r, une solution logicielle qui automatise le découpage des modèles 3D pour les pièces de grand taille. Pour vous faire découvrir cette solution lancée il y a quelques jours sur Kickstarter, j’ai interrogé le fondateur de Qualup, Philippe Boichut.
« nous avons constaté que la préparation d’une pièce grand format était jusqu’à 10 fois plus rapide, et que le taux d’échec lié à des découpes mal adaptées chutait de manière significative »
Bonjour Philippe, pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore, pourriez-vous vous présenter et nous en dire plus sur votre parcours dans l’impression 3D, en particulier via votre entreprise Qualup ?
J’ai une formation de concepteur de produits. Nous concevons des imprimantes 3D depuis 2012, et des modèles à chambre chauffée depuis 2013. À l’époque, nous avions choisi l’architecture Delta afin d’éviter les brevets détenus par Stratasys. Avant de fonder Qualup, j’étais responsable du développement chez un grand éditeur français de CFAO, reconnu comme l’un des leaders mondiaux du secteur.
Quelles évolutions majeures ont marqué Qualup depuis notre première interview en 2014 ?

Qu4-HT : le dernier système à haute température développé par Qualup
Depuis onze ans, plusieurs étapes ont été déterminantes :
- La fin des brevets Stratasys sur les chambres chauffées nous a permis de développer des machines cartésiennes innovantes avec une chambre adaptative, réduisant fortement les temps de chauffe.
- Nous nous sommes spécialisés dans les machines haute température, en concevant deux modèles destinés à la R&D, afin de nous différencier des productions de masse chinoises.
- L’arrivée des machines BambuLab et de leurs clones a totalement changé le marché, en imposant de nouveaux standards de fiabilité, vitesse et de précision.
- Plus récemment, nous avons lancé Split3r, un logiciel qui automatise le découpage de modèles 3D complexes en parties assemblables.
« Jusqu’à présent, le découpage d’un modèle en plusieurs parties restait une opération manuelle fastidieuse, nécessitant beaucoup de temps et d’expertise »
L’une des grandes tendances du marché la fabrication additive concerne l’essor de l’impression grand format. À quelles problématiques votre solution logicielle Split3r vise -t-elle à répondre sur ce segment ?

L’impression 3D grand format ouvre de nouvelles possibilités mais elle soulève aussi des contraintes spécifiques : pièces trop volumineuses pour les chambres d’impression, temps de fabrication très longs et taux d’échec plus élevé, lenteur des machines grand format (comparées aux machines de dernière génération). Jusqu’à présent, le découpage d’un modèle en plusieurs parties restait une opération manuelle fastidieuse, nécessitant beaucoup de temps et d’expertise.
Avec Split3r, nous avons voulu simplifier cette étape. Le logiciel automatise le découpage en parties assemblables, en optimisant à la fois la taille des segments, la position des jonctions, la numérotation des pièces et la facilité d’assemblage. Cela permet aux utilisateurs d’aborder l’impression grand format avec plus de fiabilité, en réduisant les temps de préparation et en sécurisant le processus.
L’idée de départ vient d’un ami qui imprimait de très grandes pièces sur une machine de 2 000 × 1 000 × 1 000 mm. L’an dernier, il m’a confié que sa grande machine ne tournait presque plus : ses petites imprimantes faisaient mieux, en vitesse comme en qualité. Il me disait alors qu’il préférait investir son temps en CAO pour repenser ses modèles, et à diviser par deux les temps d’impression (qui se comptait en jours, voir semaines).
Avec Split3r, il va encore plus loin : il gagne à la fois du temps de préparation, du temps de production et du temps d’assemblage. Il est beaucoup plus économique d’acheter 5 machines rapides à 500 € qu’une grand format à 10 000€, les impressions sont aussi rapides sinon plus et cela donne une très grande souplesse d’utilisation.
« Nous proposons actuellement une base de données intégrée de plus de 120 imprimantes FFF populaires et d’une trentaine d’imprimantes résine »
À qui s’adresse Split3r et comment fonctionne t-il ?

Split3r s’adresse à tous ceux qui travaillent avec des modèles 3D volumineux : bureaux d’études, centres de R&D, makers passionnés, gestionnaires de fermes d’impression ou encore entreprises qui développent des applications grand format.
Nous proposons actuellement une base de données intégrée de plus de 120 imprimantes FFF populaires et d’une trentaine d’imprimantes résine. Les modèles les plus courants: Bambu Lab, Creality, Prusa, Elegoo, Artillery, etc. sont déjà pris en charge. L’ajout d’une nouvelle machine est simple : il s’agit de fichiers texte facilement modifiables. Nous ajouterons avec plaisir toute imprimante sur simple demande.
Le principe est simple : l’utilisateur importe son fichier STL, définit les dimensions maximales compatibles avec son imprimante, et Split3r génère automatiquement des découpes optimisées. Le logiciel prend en compte l’assemblage futur en intégrant des jonctions et des systèmes de repérage, un eclaté pour l’assemblage, ce qui réduit considérablement le temps de préparation et fiabilise l’impression.
« un découpage manuel complexe, qui pouvait prendre plusieurs heures selon la pièce, est réduit à quelques minutes »
Pouvez-vous nous donner des bénéfices chiffrés rendus possibles avec votre solution, que ce soit en économie de temps ou de réduction de coûts ?

Avec Split3r, le gain le plus immédiat est le temps de préparation : un découpage manuel complexe, qui pouvait prendre plusieurs heures selon la pièce, est réduit à quelques minutes. Sur le plan économique, cela se traduit par une réduction des coûts de main-d’œuvre et par une sécurisation du processus : moins d’erreurs de découpe signifient moins d’échecs d’impression et donc une économie directe en matière et en temps machine. Dans nos tests internes, nous avons constaté que la préparation d’une pièce grand format était jusqu’à 10 fois plus rapide, et que le taux d’échec lié à des découpes mal adaptées chutait de manière significative.
Cette solution présente-elle certaines limites, notamment en termes de complexité géométrique ? Comme toute solution logicielle, Split3r a certaines contraintes. Nous l’avons testé avec des fichiers dépassant un million de facettes, sur des modèles de grande taille (jusqu’à 2 500 × 600 × 2 000 mm), et le logiciel a pu les traiter sans difficulté. La principale limite vient plutôt de la qualité du fichier d’origine : pour obtenir un résultat optimal, il faut travailler sur des maillages corrects — solides fermés, sans zones dégradées.
Ces conditions sont liées au moteur mathématique de Blender que nous utilisons, qui impose quelques règles de propreté du modèle.Un autre avantage du découpage est qu’il offre de nouvelles stratégies d’impression : il devient possible de réorienter certaines parties de la pièce (par exemple les imprimer sur une autre face), ce qui permet souvent de réduire fortement la quantité de supports nécessaires.
« Split3r est compatible avec tous les slicers, puisqu’il génère des fichiers STL découpés »
Quels slicers et systèmes d’exploitation peuvent être pris en charge par Split3r ?

Split3r est compatible avec tous les slicers, puisqu’il génère des fichiers STL découpés. Il est particulièrement optimisé pour les slicers basés sur Slic3r/PrusaSlicer, qui permettent une réorganisation semi-automatique des pièces.
La première version sortira sur Windows 10/11 uniquement. Une version Linux suivra après la campagne Kickstarter (elle fonctionne déjà en interne), puis une version macOS un peu plus tard, car nous avons moins d’expérience sur cet environnement.Chaque licence permettra l’installation sur deux machines, typiquement un PC de bureau et un PC portable, et sera migrable gratuitement vers Linux ou macOS dès que ces versions seront disponibles.
« Le Kickstarter de Split3r a été lancé la semaine dernière et a déjà dépassé son objectif de financement »
Enfin, dites-nous en plus sur le calendrier de sortie du logiciel et votre offre de prix.
Le Kickstarter de Split3r a été lancé la semaine dernière et a déjà dépassé son objectif de financement. La bêta publique sera disponible fin Octobre pour tous les backers, afin de recueillir leurs retours et corriger les éventuels bugs. La version finale est prévue pour la fin de l’année.
Côté tarif, la licence (qui couvre deux installations) est proposée à 45 € pendant la campagne Kickstarter (les 300 premières à 30€ ont été vendues en 2 jours). Après celle-ci, le prix public sera compris entre 60 et 100 €, en fonction des options incluses.
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