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LayerTech : la start-up venue des mines à l’assaut de la 4ème révolution industrielle

Kévin Gué et Guillaume Derbey, les deux fondateurs de LayerTech

Kévin Gué et Guillaume Derbey, les deux fondateurs de LayerTech (crédits photo : LayerTech)

Les plus jeunes entreprises de fabrication additive trouvent parfois leur origine dans des temps beaucoup plus anciens que ce qu’il n’y paraît au premier abord. Née en 2020, LayerTech est une jeune pousse grenobloise qui illustre bien cet anachronisme. La genèse de cette start-up nous ramène aux Mines de Saint-Étienne, une éminente école d’ingénieurs située dans la ville du même nom. Un établissement qui a été fondé il y a plus de deux siècles sous l’initiative de Louis XVIII dans le but de former des experts des mines, à une époque où l’industrie du charbon était en plein essor.

C’est au sein de cette institution riche en histoire et en tradition, que Kévin Gué et Guillaume Derbey, les deux fondateurs de LayerTech, ont fait germer les prémices de leur projet d’impression 3D. Conscients du virage numérique s’opérant dans l’industrie, mais aussi de la grande difficulté des sous-traitants à produire des pièces imprimées en 3D de qualité, les deux mineurs ont creusé l’idée d’une solution capable de répondre et de s’adapter rapidement à la demande. Curieux d’en savoir plus sur les atouts de cette start-up pour exploiter ce filon, PRIMANTE3D est allé à la rencontre de son co-fondateur Guillaume Derbey.

« L’impression 3D est en plein essor, il faut insuffler et accompagner les industriels vers cette transition »

Guillaume Derbey

Guillaume Derbey

Bonjour Guillaume, LayerTech est une entreprise qui doit son existence à la rencontre de deux élèves des Mines de Saint Etienne. Comment s’est construite cette affinité avec Kevin au point de créer un jour ensemble une entreprise ?

Layertech a effectivement pris ses racines à l’École des Mines où j’ai rencontré Kévin mon associé. Nous avions tous les deux l’envie d’entreprendre, nous étions complémentaires dans nos visions et notre approche de l’environnement industrielle. Nous nous sommes rapprochés autour de plusieurs projets en école et le feeling a fait les choses naturellement.

Nous avions tout deux détectés les opportunités et le potentielle de la 3D, notre passion pour ce secteur nous a fait converger vers la création de LayerTech spécialisée en impression 3D à destination de l’industrie.

L’Ecole des Mines est un établissement prestigieux connu pour son enseignement d’excellence tourné également vers l’innovation. Quelle est la part de la formation consacrée à l’impression 3D et les moyens dont cette école dispose ?

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Il existe actuellement des partenariats entre l’école des mines et l’ENISE qui propose des formations sur la thématique « usine du futur » où la fabrication additive y est abordée.

Il reste tout de même un défi pour construire des parcours de formation spécifiques pour former des techniciens et ingénieurs qui seront demain spécialiste de ces métiers innovants et developper ainsi des compétences pour le futur de l’industrie. Il faut du temps au temps mais le sujet se concrétise notamment avec la mise en place de fablab au sein des écoles.

« nous sommes convaincus qu’il y a de réelles opportunités à intégrer la fabrication additive dans les processus industriels »

Te souviens-tu de ce moment où pour la première fois a germé l’idée de créer LayerTech ?

Logo LayerTech

Avec Kévin, nous étions apprentis et avec l’élan impulsé par nos sociétés Caterpillar et EDF dans la fabrication additive, nous avons identifié un véritable besoin d’accompagnement de ces technologies pour l’industrie de demain.

Pour ma part, j’ai eu une expérience aux USA avec Caterpillar dans un centre de recherche. Ils avaient une avance considérable par rapport à l’Europe, j’ai pu manipuler des technologies de fabrication additive avancée dans le domaine du métal et du plastique. Cette expérience m’a permis de découvrir les avantages, mais aussi les contraintes qui sont propres à ces procédés.

Aujourd’hui l’impression 3D est réputée pour le prototypage, mais nous sommes convaincus qu’il y a de réelles opportunités à intégrer la fabrication additive dans les processus industriels.

« L’impression 3D amène un gain indéniable en réactivité, en personnalisation et en réduction de l’impact environnemental. »

À quelles problématiques souhaitiez-vous alors répondre ?

L’impression 3D est en plein essor, il faut insuffler et accompagner les industriels vers cette transition. En créant LayerTech, nous avons cherché à répondre aux enjeux auxquels la fabrication additive peut apporter une réelle plus-value en termes de performance et d’efficience. Chez LayerTech, nous parlons de fabrication à la demande, de cloud manufacturing avec stock digital, de traitement de l’obsolescence, d’additive design…

L’impression 3D amène un gain indéniable en réactivité, en personnalisation et en réduction de l’impact environnemental.

Il y a t-il dans votre approche entrepreneuriale une caractéristique identifiable, propre aux entrepreneurs issus des Mines de St Etienne ?

La rigueur et la capacité à s’adapter de manière opérationnelle pour répondre de manière concrète à l’attente du client. Nous cherchons à accompagner nos clients, à comprendre leur problématique pour leur proposer la solution qui nous parait la plus adaptée. En tant qu’entité d’ingénierie, nous avons une capacité d’analyse forte et des compétences technique avancées dans le domaine de la mécanique et plus particulière de la fabrication additive ainsi qu’une vision intégrée globale des processus industriels.

« Notre plus grand défi a été de démontrer la capacité de LayerTech à répondre aux problématiques des secteurs visés »

Les aventures entrepreneuriales sont rarement un long fleuve tranquille. Quelles sont les difficultés auxquelles toi et Kevin avez-vous été confrontés et comment vous les avez affrontées ?

(crédits photo : LayerTech)

LayerTech est née de deux ans de réflexion et de maturation en école, nous avons passé un bon nombre d’heures, voir même de journée, que dis-je : de semaine au sein de l’établissement des mines pour développer notre idée et notre vision de l’impression 3D. Pour la petite anecdote, nos professeurs venaient souvent nous retrouver lorsque nous y travaillons, par curiosité et envie de nous accompagner, le réseau de mines a été une force dans le développement de notre projet.

Notre plus grand défi a été de démontrer la capacité de LayerTech à répondre aux problématiques des secteurs visés ; en passant par l’organisation de la production jusqu’aux processus de qualité et de traçabilité. Nous nous sommes ensuite lancés à l’issue de notre formation, en plein COVID 19 dans un bouleversement du quotidien où l’impression 3D a été exploitée pour faire face à des problématiques d’approvisionnement et de rupture, notamment dans les hôpitaux.

Le nom d’une marque est révélateur de l’identité d’une entreprise. Pourquoi LayerTech ?

La décomposition du mot LayerTech donne : Layer pour une couche ou une strate et Tech pour Technologie. L’association de ses deux mots représente la technologie de couche en lien direct avec la fabrication additive. Notre logo représente cette définition, la pastille qui s’associe à une superposition de deux épaisseurs en rappel au dépôt de matière par couches successives. Le sigle « LT » qui compose la pastille, synthétise l’appellation LayerTech.

Lors de la définition de la marque LayerTech, nous avons cherché à mettre en avant à la fois la fabrication additive et le gage de qualité industrielle que nous proposons.

Choisir un local et se constituer un parc machine qui soient adaptés aux activités de son entreprise et ses ambitions, peut s’avérer être un vrai casse-tête. Comment avez-vous géré cette étape ? Quels étaient vos critères de sélection pour vos imprimantes 3D ?

Cages de protections imprimées en PETG noir

Cages de protection imprimées en PETG noir (crédits photo : LayerTech)

Concernant la partie atelier, nous avons commencé dans un petit local à Domène, cela nous a permis de développer nos process durant la première année. Puis notre premier déménagement dans la zone industrielle de Domène pour agrandir et affirmer notre posture. Nous prévoyons de déménager à nouveau prochainement pour nous installer plus durablement dans un atelier de 800m2, ce projet portera des investissements complémentaires pour nous renforcer sur la partie fabrication et finition.

Nous faisons à la fois de l’étude, de la fabrication et de la finition donc pour la partie machine nous recherchons avant tout des machines modulables qui nous permettent d’imprimer des gammes de matériaux étendus après des plans d’expériences pour la validation des paramètres d’impression. Nous recherchons également un gage de répétabilité pour garantir la qualité, la réactivité et la rapidité pour nos clients.

L’attribution des responsabilités et le choix des collaborateurs tient une part importante dans la réussite d’une entreprise. Qui fait quoi chez LayerTech ?

Supports imprimés par frittage laser sur du PA12

Supports imprimés par frittage laser sur du PA12 (crédits photo : LayerTech)

Notre organisation se construit de manière plutôt naturelle en fonction des motivations et compétences de chacun. Comme je l’ai dit précédemment, avec Kévin, nous sommes complémentaires. Pour ma part, je suis responsable de la production et du bureau d’études, je manage également les ressources et Kévin quant à lui est en charge de l’administration, du SI ainsi que de la définition et du respect des processus qualité.

Concernant nos collaborateurs, nous avons recruté Florian, pour le développement de la partie commerciale et marketing qui a également une forte composante technique, il intervient en tant que chargé d’affaires et business développeur. Nous avons eu des stagiaires courant 2022 qui ont pu intervenir sur diverses thématiques et nous sommes actuellement à la recherche de candidat pour renforcer notre atelier et notre BE.

Ce qui fait notre force, c’est notre réactivité, notre écoute et notre efficience.

« Nous cherchons à proposer un écosystème de solution 3D capable de répondre et de s’adapter rapidement à la demande »

Maintenant que votre activité est bien lancée, explique-nous ce qui différencie l’approche et la philosophie de LayerTech des autres services d’impression 3D existants ?

À vrai dire, nous n’avons ni peur des moutons à 5 pâtes ni des défis de production en série. Nous cherchons à proposer un écosystème de solution 3D capable de répondre et de s’adapter rapidement à la demande. Avec notamment l’élargissement du champ des technologies et des manières de produire pour diminuer les délais et les coûts. L’objectif final étant de produire de manière durable pour réduire l’impact de l’homme sur son environnement.

En complément, nous accompagnons nos clients et proposons une gamme étendue de matériaux techniques (ex : ESD, feu, fumé) qui nous permettent de répondre à l’ensemble des exigences d’ingénieries ou de fonctionnement qui nous sont soumis.

Pour donner un exemple concret en lien avec la question sur le choix de nos machines, en FDM nous avons opté pour des technologies thermorégulées qui nous permettent d’imprimer du simple PLA jusqu’au PEEK en passant par l’ABS, le PC ou l’ULTEM.

Donne-moi un exemple concret de commande client dont vous êtes particulièrement fiers, tant sur le plan technique que de l’accompagnement.

Purificateur d'air mentionné par LayerTech

Purificateur d’air sur lequel a travaillé LayerTech (crédits photo : LayerTech)

Depuis courant 2022, nous travaillons au développement d’un purificateur d’air qui devrait être commercialisé courant 2023. C’est un produit très innovant que nous avons conçu avec les règles de l’additive design et qui propose des performances remarquables pour le traitement à la fois de l’air et des surfaces.

Nous sommes parties du cahier des charges du client, nous avons pris en charge la maîtrise d’œuvre, la conception et la fabrication et avons sorti un premier prototype pré-industrialisé. Le sujet est en cours de réflexion pour l’industrialisation et la certification en vue d’un déploiement européen puis international.

« Nous sommes très fières des étapes qui ont été réalisées jusque-là, nous avons doublé notre parc machine sur 2022 »

Après deux années à peine d’existence, quel bilan dressez-vous de ce début d’aventure et comment voyez-vous la suite pour LayerTech ?

Nous sommes très fières des étapes qui ont été réalisées jusque-là, nous avons doublé notre parc machine sur 2022, nous proposons trois technologies de fabrication (SLA, SLS et FDM) et nous avons acquis un savoir-faire poussé en finition notamment en tribo-finition et étanchéité. Nous avons également su convaincre nos clients que l’additive design apporte une réelle plus-value en termes de conception.

Après une phase de lancement puis une phase de consolidation, nous souhaitons maintenant accélérer notre développement. L’objectif pour 2023 est de renforcer nos compétences et capacités en recrutant plusieurs personnes et en entrant dans de nouveaux locaux plus adaptés à l’industrialisation de produit à plus grande échelle.

Alexandre Moussion