7 choses à savoir pour faire de l’impression 3D avec le logiciel 3D ZBrush

Si une multitude de logiciels de modélisation et de conception 3D permet aujourd’hui de créer des fichiers imprimables en 3D, chacun d’entre-eux à ses spécificités et correspond à un besoin particulier. Les logiciels de sculpture 3D par exemple, très prisés par les artistes professionnels, proposent en plus des habituelles fonctionnalités classiques de modélisation 3D, des outils permettant de créer des détails d’un réalisme impressionnant impossible à obtenir avec la plupart des autres logiciels. Aujourd’hui nous allons intéresser à son représentant le plus célèbre, le fameux ZBrush de Pixologic. Pour vous faire découvrir ce champion de la modélisation organique et ses possibilités, Primante 3D a interrogé Nicolas Delille, un artiste 3D qui s’est fait de ce logiciel une spécialité.

« ZBrush part du postulat que l’on est comme un sculpteur traditionnel devant sa terre »

artiste 3d Nicolas Delille

Nicolas Delille

Bonjour Nicolas, comment devient-on « artiste 3D » ? Parle-nous un peu de ton parcours.

Bonjour Alexandre. Artiste 3D c’est vraiment un terme large qui a le mérite de poser les bases : on est dans le domaine de l’artistique et de la 3D. Il y a énormément de parcours et de spécialisations. Le mieux c’est bien sûr de rentrer dans une des nombreuses écoles qui proposent un cursus 3D avec une spécialisation. A la fin de leur formation, le gros des troupes part dans les studios d’animation, la VFx, dans le jeu vidéo, où il va être question de créer des personnages en 3D, de les animer, de créer des environnements, des objets etc…

Et puis il y a d’autres artistes 3D, comme les graphistes qui ajoutent une corde à leur arc comme je l’ai fait en apprenant un ou plusieurs softs 3D.

Pour te répondre sur mon cursus, j’ai fait une formation de directeur artistique, d’abord en école de pub, puis en agences de publicité. J’étais spécialisé print et technique de l’image (photomontages, retouches).

La 3D est venue plus tard – un peu par accident – comme un moyen d’enrichir mes travaux et de monter mon niveau technique. J’avais 25 ans et j’ai vu quelqu’un dans une agence de pub utiliser ZBrush (il était artiste 3D et allait quitter l’agence). Ça m’est resté dans la tête, et à mon retour d’un an du Québec, je me suis mis à la 3D : d’abord Cinema 4D, puis j’ai ajouté ZBrush à mon workflow.

Ça m’a réellement super aidé dans mes projets. En 2012, je suis devenu freelance. J’avais beaucoup de demandes farfelues et d’objets en tout genre à créer. En même temps je me vendais comme généraliste 3D qui faisait des rendus photoréalistes. Il fallait que j’assure. Et ZBrush me donnait vraiment la possibilité de créer des choses sympas qu’il aurait été très dur de faire sur Cinema 4D.

« Maxon avait utilisé mon image pour la pub de leur campagne mondiale… »

La consécration pour moi, c’était en 2015 quand le groupe Maxon (éditeur de Cinema 4D) a vu mes travaux sur CGSociety, et a souhaité que je lui donne les droits sur toutes mes images. J’ai refusé ! pas fou non plus… mais je leur ai cédé les droits sur une image 3D où j’avais recréé une coccinelle en 3D photoréaliste. Plus de nouvelle pendant 1 an. Entre temps je faisais des masterclass 3D pour le magazine anglais 3D Artist : je proposais des tutoriels sur 5-7 pages où j’expliquais comment je réalisais des images 3D par étapes.

Le magazine m’envoie comme à chaque fois par le poste le numéro sur lequel je suis publié, et je découvre en page 5 mon illustration en pleine page avec la boîte Cinema 4D à côté. Maxon avait utilisé mon image pour la pub de leur campagne mondiale vantant la nouvelle mouture Cinema 4D, et ils mettaient en signature en anglais « plus réel que la nature ». Bon bah ça fait plaisir, même si j’aurais préféré qu’ils me tiennent au courant c’est sûr. Je n’ai pas gagné un centime, mais en moi, ça me rassurait sur mon niveau de l’époque et sur les longues journées passées à apprendre tous ces logiciels diaboliques !

« j’ai pu comprendre que d’autres personnes moins aguerries ou moins patientes aient pu éprouver de la difficulté à maîtriser ZBrush »

formation ZBrush

Comment est née ta formation sur Z-Brush et quels sont ses objectifs ?

Je pratique ZBrush depuis 8 ans maintenant. Je me souviens que la première fois que je l’ai ouvert, je l’ai refermé presque aussitôt. C’était trop différent de mon soft de l’époque (Cinema 4D). Et puis, en voyant sur le net de superbes sculptures 3D, je me suis dit qu’il fallait que je me fasse mal et que je l’apprenne car ça me donnait trop envie.

Donc étant passé par là, j’ai pu comprendre que d’autres personnes moins aguerries ou moins patientes aient pu éprouver de la difficulté à maîtriser ZBrush. Du coup cette année, j’ai franchi le cap et je propose une formation gratuite construite autour de 3 modules, pour un total de 20 vidéos, qui reprend les concepts et les outils essentiels du logiciel. La formation est pensée pour ne pas perdre les gens dans les méandres du logiciel et des nombreux menus/sous-menus et options en tout genre, mais plutôt de se concentrer sur ce qui est utile et utilisé dans 90% des cas.

Les gens sont contents car j’essaie de me rendre disponible et de les suivre durant le cursus du mieux que je peux. Et surtout, je n’avais pas conscience qu’il y avait une demande sur des tutoriels gratuits en français. Effectivement, tout le monde ne parle pas l’anglais ! Donc cette formation répond clairement à une demande, et le bouche-à-oreille commence à prendre. C’est top !

J’ai pour projet également d’étoffer la chaîne Youtube qui est toute jeune. Je vise à mixer des vidéos éducatives sur ZBrush, et également donner une grande partie à l’enseignement de l’anatomie artistique, pour tous ceux qui souhaitent créer des personnages et les sculpter les plus réalistes possibles.

« …pour la sculpture organique, ZBrush reste le logiciel le mieux adapté, qui gère un grand nombre de millions de polygones sans broncher »

1. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Z-Brush, explique-nous en quoi ce logiciel est différent des softs classiques de modélisation 3D ?

ZBrush, j’ai commencé à l’utiliser en 2012. A l’époque, il n’y avait clairement pas d’alternative pour de la sculpture organique. En gros, pour schématiser, les softs 3D proposent généralement une façon de sculpter en partant d’un cube. On tire des arêtes, des points, des lignes, et c’est assez complexe et pas très intuitif d’arriver à un résultat convaincant, surtout sur des formes dites organiques (être humain, formes arrondies etc…).

ZBrush part du postulat que l’on est comme un sculpteur traditionnel devant sa terre. On tourne autour de l’objet, et avec les brosses mises à disposition, il est tout de suite plus simple et naturel de recréer des objets organiques, de leur donner du détail, des imperfections.

Cependant, il est à noter que les softs majeurs se sont mis à développer une partie sculpture. ZBrush a répliqué en créant le ZModeler, qui reprend la sculpture décrite tout au début. Donc match nul. Mais pour la sculpture organique, ZBrush reste le logiciel le mieux adapté, qui gère un grand nombre de millions de polygones sans broncher. On peut également citer son concurrent Mudbox d’Autodesk. J’ai vu de belles choses faites avec aussi.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est zbrush-core.jpg.

2. On retrouve Z-Brush sous plusieurs versions dont ZBrush core mini, ZBrush core et Zbrush. Difficile pour un néophyte de s’y retrouver. Qu’est-ce qui les différencie ?

Le prix ! Et les options. Concrètement, il existait dans le temps une alternative appelée Sculptris, développée par Pixologic (l’éditeur de ZBrush). Il semble qu’ils aient décidé de repartir de la marque ZBrush et de proposer deux versions downgradées, afin de répondre aux attentes de leurs utilisateurs.

On parle des artistes 3D, mais beaucoup d’amateurs qui ne font pas de la 3D au quotidien souhaitent maîtriser ZBrush pour de l’impression 3D. ZBrush Core leur permet de retrouver les capacités de ZBrush, tout en restant à un prix (très) inférieur. ZBrush Core mini quand à lui est complément gratuit. Mais les fonctionnalités restent très limitées. C’est cependant une bonne idée de commencer par ce soft et de voir si on aime, avant d’acheter une licence !

3. Comment les choisir ?

Si vous souhaitez simplement sculpter pour de l’impression 3D, j’irais sur ZBrush Core. Il y a déjà pas mal de choses à faire avec, et peut-être un bon complément à Blender ou tout autre soft 3D.

Si vous souhaitez utiliser ZBrush de façon professionnelle, partez sur la licence ZBrush, car sinon il vous manquera de précieux outils comme le Zmodeler, les UVs, les passes de rendus et j’en passe (la liste du comparatif est ici : http://zbrushcore.com/compare.php)

Si vous souhaitez simplement vous amuser et voir si la sculpture 3D peut vous plaire, ZBrush Core mini est un très bon choix.

4. Combien coûtent les différentes licences ?

ZBrush coûte 895$, ZBrush Core coûté 180$ et ZBrush Core mini est gratuit. Le prix de ZBrush peut paraître cher (encore que), mais c’est un logiciel très complet, et à vie avec sa licence.

5. Quelles sont les différentes fonctionnalités de Zbrush dédiées à l’impression 3D ?

Zbrush peut générer avec un plugin intégré son objet 3D en format STL, et corriger son échelle, ce qui est très pratique. Mais clairement, je vois plutôt ZBrush comme un outil de support. Vous allez créer dessus et aller le plus loin possible sur la sculpture de votre objet, mais il sera quand même selon moi nécessaire d’avoir également un peu de bagage technique sur le soft de votre imprimante 3D. Cependant ZBrush peut détecter et corriger les trous.

Son outil Decimation Master permet de réduire drastiquement le nombre de polygones d’un mesh tout en conservant son aspect global. Vous pouvez nettoyer des meshs importés grâce au dynamesh, faire des extrusions, évider les pièces etc… Donc clairement, bien le maîtriser va vous permettre de créer vos personnages et de les préparer de la meilleure des façons.

« J’aime bien personnellement commencer avec une sphère. C’est comme ça qu’on apprend le mieux »

6. Par quelles formes géométriques/objets vaut-il mieux commencer avec ce logiciel lorsque l’on est débutant ?

J’en parle dans ma formation. Il y a pleins de départs possibles. J’aime bien personnellement commencer avec une sphère. C’est comme ça qu’on apprend le mieux. Après pour les fainéants, vous trouverez une bibliothèque avec des meshs déjà élaborés. Au niveau des outils, les Zspheres permettent de générer en quelques sphères un personnage (oui dit comme ça c’est pas très compréhensible).

Mais c’est assez bluffant. Et le Dynamesh est un autre grand ajout d’il y a quelques années : vous pouvez créer librement des formes en étirant le maillage de votre objet. Dès que le maillage est trop déformé, en un clic ZBrush vous repropose un maillage adapté à la forme, et vous pouvez continuer votre sculpture. Vraiment impressionnant et super pratique.

« si vous ne savez pas dessiner, vous pouvez très bien récupérer des dessins sur internet de super artistes et refaire les modèles »

Sculpture ZBrush réalisée par Nicolas Delille

Sculpture ZBrush réalisée par Nicolas Delille, rendue avec Keyshot, et retouchée avec Photoshop

7. Est-ce que ZBrush est fait pour moi ? Même si je ne me sens pas artiste ?

Selon moi, ZBrush est un formidable outil qui va permettre à bon nombre de gens de s’éclater créativement. Une personne de ma formation m’a dit qu’il aimerait tellement créer des propres figurines de jeu de plateau et leur donner vie. C’est vraiment ça le but : donner vie à tout ce qu’on a envie.

Une des peurs que je lis est que les gens pensent que ZBrush n’est pas pour eux car ils ne se sentent pas créatifs. Déjà il faut essayer un minimum. Ensuite, si vous ne savez pas dessiner, vous pouvez très bien récupérer des dessins sur internet de super artistes et refaire les modèles. Cela vous permettra d’apprendre l’anatomie au passage, la structure du corps humain, et vous donnera confiance pour tenter des personnages à votre tour. La clé c’est vraiment de ne pas être trop intransigeant avec soi.

Il y a tellement de belles images d’artistes 3D talentueux sur cgsociety, artstation, ce qui peut aussi avoir pour tendance de tuer l’envie dans l’œuf. Il faut je pense se concentrer sur ses progrès et se laisser un peu de marge de manœuvre. Rome ne s’est pas faite en un jour !