tri-D : Quand l’impression 3D sculpte l’invisible !

Chris Delepierre et Thomas Delbergue fondateurs de tri-D

Comme en témoigne chaque jour son actualité, l’impression 3D ouvre de réelles et fascinantes perspectives dans le domaine de la santé et particulièrement celui-ci du handicap. En effet la démocratisation de cette technologie a engendré ces trois dernières années, l’émergence d’une multitude de programmes associatifs, principalement tournés vers le handicap moteur via la fabrication de prothèses de membres bon marché et personnalisables. Pour autant et forte de son large champ d’applications, l’impression 3D touche également au handicap visuel. Plans imprimés en 3D, plaques ou encore téléphones en braille, de nombreux projets visant à matérialiser un monde inaccessible aux non voyants fleurissent ici et là.

« Il faut avoir des oreilles pour voir ce que les yeux entendent, et rien ne peut remplacer l’écoute d’une main. » A l’image de cette citation que l’on doit à un certain Jacques Salomé, une start-up Lilloise au nom évocateur de Tri-D, a vu dans l’impression 3D un formidable outil pour sculpter l’invisible et rendre palpables des objets jusqu’alors inaccessibles aux déficients visuels. « Toucher pour voir » est le nom de ce projet social, un concept novateur visant à prouver que la technologie peut aussi servir l’innovation social. Séduit par la philosophie de cette start-up aux accents chti et sa capacité à mettre en relief les usages de l’impression 3D, j’ai donc interviewé son co-fondateur Chris Delepierre. Artisan 2.0 de ce mouvement avant-gardiste, ce dernier partage avec nous sa vision de l’impression 3D et ses ambitions pleines de sens dont l’imagination semble être la seule limite…

« tri-D rassemble en quelque sorte la vision que nous avons de l’impression 3D… »

Chris Delepierre

Bonjour Chris, pourrais-tu te présenter? Quel parcours (cursus) t’a amené à entreprendre un tel projet ?

Bonjour Alexandre, je suis ch’ti, diplômé d’une formation d’Ingénieur-Manager-Entrepreneur à l’Iteem, un département de Centrale Lille co-dirigé par Skema Business School. Après avoir travaillé au Réseau Alliances / World Forum Lille dans les domaines de la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise (RSE) et de l’économie Responsable, j’ai décidé d’entreprendre dans le domaine de l’impression 3D, technologie qui m’a tout de suite fasciné. De part mon cursus, mon intérêt est de faire le pont entre les technologies et les nouveaux marchés – ce qui m’est passionnant dans l’impression 3D est donc tous les nouveaux usages que l’on va pouvoir inventer grâce à cette technologie créatrice de nouveaux possibles.

Te souviens-tu de la première fois où tu as entendu parler d’impression 3D ? Quelles ont été tes premières expériences avec cette technologie ?

Cela devait être en avril 2013 très certainement dans les médias. Après de nombreuses recherches sur Internet, la visite de fablabs et la rencontre de makers, je me suis équipé avec un ami d’une Ultimaker 2 afin de tester concrètement les possibilités permises par la technologie d’impression 3D qui se démocratise. Un des tous premiers modèles que nous avons imprimés est la Vénus de Milo modélisée en 3D par Cosmo Wenan.

tri-d

Logo tri-D

Comment est née Tri-D et qui sont ses protagonistes ?

Après un an de découverte et de formation en autodidacte, nous avons décidé de créer avec mon associé Thomas Delbergue, qui possède un master d’infographie 3D, notre propre start-up : tri-D, la Troisième Révolution des Idées qui s’insère pleinement dans la dynamique régionale en Nord-Pas de Calais de Troisième Révolution Industrielle. Nous sommes également aidés par le designer 3D Antoine Fouache qui a rejoint notre projet.

Quels sont ses ambitions et ses objectifs ? Quel est votre modèle économique ?

tri-D, c’est avant tout une équipe d’artisans 2.0, alchimistes des idées en projets tangibles, au service d’une nouvelle économie créative et durable. tri-D rassemble en quelque sorte la vision que nous avons de l’impression 3D : « L’enjeu réside dans les usages, la performance se trouve dans les idées, la seule limite est notre imagination ! »

Nous avons développé une première activité d’agence de conseil et de design en impression 3D sur la région au Nord de Paris afin de valoriser notre expertise sur le sujet : nous accompagnons notamment des entreprises intéressées par l’impression 3D par de la formation, du conseil et de l’accompagnement technique. Nous sommes notamment spécialisés sur la modélisation 3D pour l’impression 3D.

tri-D porte également des projets de Troisième Révolution des Idées développant les nouveaux usages créatifs de l’impression 3D et qui aient un véritable sens, notamment avec une finalité sociale. Notre ambition est ici de mettre l’innovation technologique au service de l’innovation sociale. Sur ce type de projet, le modèle économique est plus long et complexe à trouver.

Toucher pour voir

Toucher pour voir

« Toucher pour voir » a été un formidable tremplin médiatique pour tri-D. Comment avez-vous accueilli cela, vous attendiez-vous à un tel écho ?

Toucher pour Voir est un exemple de projets porteurs de sens que nous développons. Le projet a en effet reçu un bel écho médiatique : nous avons tout fait pour même si cela reste à l’appréciation des journalistes ! :-)

« Des expériences tactiles inédites pour donner un droit au toucher… »

Parle-nous de ce projet social très original et de ses nombreuses déclinaisons. L’impression 3D démontre tous les jours l’étendue de son large champ d’application, pourquoi spécifiquement le handicap visuel ?

Le projet repose sur l’intuition que peut se substituer à la vue. Son objectif du projet est d’aider les personnes déficientes visuelles à mieux se représenter le monde qui les entoure dans le domaine de l’art, du patrimoine et de la culture grâce à l’objet physique et palpable imprimé en 3D qu’on peut tenir dans les mains. Les technologies d’impression 3D permettent de matérialiser des éléments inaccessibles par le toucher ou invisibles pour les personnes aveugles comme l’infiniment grand et petit ou des concepts immatériels comme par exemple des monuments, des sculptures, de la géographie, de l’anatomie, … Des expériences tactiles inédites sont ainsi proposées pour donner un droit au toucher dans le cadre de musée par exemple.

sculpture tri d

Première reproduction en miniature d’une sculpture du musée réalisée par impression 3D : le Masque Nimba, un masque totem de Guinée.

Avec quels musées avez-vous déjà noué des partenariats pour le moment ? Comment votre projet est-il accueilli et à quelles difficultés êtes vous confrontés ?

Nous travaillons avec un premier musée : le LaM – Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut à Villeneuve d’Ascq (59) et plus particulièrement avec la personne chargée des publics spécifiques et des projets culturels. L’accueil a bien été accueilli car le projet de reproduire des sculptures du musée en puzzle tridimensionnel et en miniature permet de répondre à des besoins très spécifiques en faveur des publics empêchés afin de rendre l’art plus accessible pour tous.

Comme le projet répond à un besoin jamais imaginé mais bien réel aujourd’hui, il y a un fort travail de pédagogie et d’explications sur ce que permettent ces nouvelles technologies et ce qu’elles ne permettent pas de faire. Aussi, la temporalité de prise de décision d’une institution est différente de celle d’une start-up qui a besoin de projets concrets rapidement à tester. La porte est ouverte à l’imagination des commanditaires et il faut inventer un nouveau modèle économique dans un contexte de raréfaction des budgets dans le domaine culturel en général.

Avec quels scanners et imprimantes 3D travaillez-vous ? Sur quels matériaux ?

Nous travaillons avec des imprimantes 3D et scanner 3D accessibles : un Sense pour le scanner et comme imprimante 3D, on a commencé avec une Ultimaker 2. On a maintenant une Ultimaker 2 Go, une Zortrax et une Upbox ainsi qu’une Replicator 2X en prêt ! Concernant les matériaux, nous utilisons principalement du filament PLA, excepté pour la Zortrax où nous imprimons sur ABS.

Les pièces imprimées intègrent-elles le braille ?

Nous travaillons sur des modèles en braille qui est tout à fait intégrable sur des pièces imprimées en 3D. Mais bon à savoir : seulement 10% des personnes aveuglent lisent couramment le braille.

non-voyant

Quels ont été les premiers retours des mal et non voyants ? Il y a-t-il un témoignage qui t’a particulièrement touché ?

Le retour a été très positif car la 3D apporte une vraie plus-value dans l’approche tactile. Nous allons tester le projet auprès d’enfants déficients visuels où je pense que le projet aura le plus d’impact. Le témoignage d’Anne-Sophie, maman aveugle, nous a vraiment touché : nous avons pu lui imprimer le buste de son enfant de 5 ans pour lui donner une photo de famille 3D de son fils dont elle a pu reconnaître les traits sur le buste imprimé en 3D qu’elle va pouvoir garder dans le temps !

En mars dernier trid-D a lancé une campagne de financement sur la plateforme de crowdfunding kisskissbankbank. Quel était le but de cette levée de fond et quel en est le bilan aujourd’hui ?

Afin de créer une communauté autour du projet Toucher pour Voir, nous avons lancé une campagne de crowdfunding sur KissKissBankBank, mentorée par la Troisième Révolution Industrielle et 3D Hubs. C’est un véritable événement sur plus de 45 jours afin de promouvoir le projet et lever des premiers fonds nous permettant actuellement de réaliser la modélisation 3D puis l’impression 3D des principaux monuments de la ville de Lille et de la région Nord-Pas de Calais. Au terme de la campagne, nous avons réussi à récolter environ 13000€ grâce à l’aide de 160 contributeurs et le projet a été élu projet Coup de coeur de la Banque Postale ! Un bilan très positif qui nous donner l’élan et l’énergie de poursuivre dans cette voie !

Un grand merci à Chris pour sa participation à cette interview, Primante 3D suivra avec intérêt les prochaines actualités de tri-D.

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