La 5G en France grâce à des pylônes imprimés en 3D et végétalisables

structure télécoms imprimées en 3D végétalisées

La liberté géométrique de l’impression 3D donne lieu à des applications toujours plus inventives et improbables. Art & Fact Innovation, une start-up martiniquaise spécialiste de la conception et la fabrication d’infrastructures télécoms, a dévoilé aujourd’hui des structures imprimées en 3D en béton et végétalisables à destination des opérateurs télécoms et des collectivités territoriales.

Pour construire des pylônes plus esthétiques et éco-responsables que les structures métalliques traditionnelles, Art & Fact Innovation s’est associée au spécialiste de la construction 3D béton XtreeE. La start-up parisienne a commencé à imprimer les premières structures qui une fois assemblées, mesureront entre 12 et 20 mètres de haut et seront végétalisées pour se fondre entièrement dans le paysage.

La fabrication additive dans le domaine de la construction s’accélère, en témoignent l’inauguration plus tôt cette année de la première usine au monde de construction 3D aux Pays-Bas, ainsi que l’ouverture cet été du premier centre de fabrication additive d’XtreeE aux Emirats Arabes Unis. La possibilité de produire grâce à l’impression 3D des formes plus complexes tout en diminuant les coûts et délais de fabrication, intéresse aussi l’industrie éolienne. Aux Etats-Unis, ils sont plusieurs centres de recherche à mener des travaux sur des solutions d’impression 3D pour la fabrication de pales d’éolienne ou de mâts en béton.

« les Français ne veulent pas voir leurs paysages défigurés par des traditionnels pylônes métalliques »

Les projets télécoms traditionnels reposent habituellement sur des édifices métalliques, de forme monotube ou en treillis, qui mettent en évidence les antennes et les câbles, ce qui rend difficile leur implantation au sein des territoires. Dans le contexte de pénurie de foncier et vu le caractère peu esthétique des pylônes, les propriétaires craignent une perte de valeur de leurs emplacements. Au-delà de l’esthétisme, les structures métalliques coûtent aussi très cher, et sont très long à produire (et à déployer en raison des lourdeurs administratives) : environ 2 ans et 100 000 € + encore 100 000 à 200 000 € pour le raccordement électrique. Il existe donc un véritable enjeu économique que l’impression 3D béton pourrait aider à résoudre. Selon XtreeE, la durée d’impression de ses pylônes a été de 4 jours pour le prototype (12 m), et ils espèrent passer à 3 jours en mode production pour les prochains. « C’est très très court, si on considère qu’il faut normalement compter entre 3 et 4 mois pour réaliser un pylône intégré type arbre ou palmier. » Souligne l’entreprise.

« Il existe aujourd’hui un enjeu fort qu’est la nécessité de mieux couvrir le territoire avec davantage d’infrastructures modernes, solides et fiables. Pour autant, les Français ne veulent pas voir leurs paysages défigurés par des traditionnels pylônes métalliques. Nous sommes aujourd’hui en contact avec de nombreux opérateurs mais aussi des propriétaires terriens – privés ou collectivités locales – qui voient en nos structures une réelle opportunité pour lever les freins à de nouvelles implantations. Notre première réalisation devrait voir le jour d’ici fin 2019 », ajoute Denis Wehrlé, PDG d’Art & Fact Innovation.

Des mâts télécoms plus éco-responsables répondant aux normes sismiques et cycloniques

pylône en béton imprimé en 3D

Conçus sur mesure par Art & Fact Innovation, ces mâts télécoms se veulent également plus éco-responsables que leur homologues traditionnelles. Tout d’abord grâce au matériau utilisé, à savoir un béton « bas carbone » permettant de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi à la possibilité de personnaliser et de végétaliser les structures ou encore d’y apporter des solutions de « Smart City » (éclairage, caméras de surveillance, wifi, capteur de qualité de l’air, point de fraicheur, etc.).

L’impression 3D offre d’autres avantages, comme la réduction de quantité de matière utilisée, une rapidité de construction ainsi qu’un montage et démontage facilité. Associée aux expertises de Freyssinet en matière de précontrainte et du cabinet d’ingénierie Lamoureux & Ricciotti, elle offre qui plus est aux structures une robustesse accrue – répondant aux normes sismiques et cycloniques en vigueur en métropole (Alpes, Pyrénées…) et aux Antilles, terrain d’expérimentations pour Art & Fact Innovation – ainsi qu’une longévité supérieure à 50 ans.

En matière de connectivité, une vaste gamme de standards (2G/3G/4G/5G, Wi-Fi) pourra être supportée par l’ensemble des antennes et équipements qui seront dissimulés à l’intérieur des modules supérieurs. La maintenance des structures sera également facilitée par l’intégration d’une puce RFID, de manière à garantir un accès immédiat aux données, informations et à la documentation relatives à la structure.

Selon les derniers chiffres de l’ANFR, seuls 273 pylônes 5G ont été installés à ce jour pour des expérimentations. Selon la feuille de route du gouvernement, chaque opérateur devra en déployer 3.000 en 2022, puis 8.000 en 2024 et enfin 12.000 en 2025. Au 1er janvier 2019 il restait encore 16 346 sites à passer en 4G.

Publiée au Journal Officiel du 24 novembre 2018, la loi Elan a pour but d’accélérer le déploiement de ces installations (de 2 ans en moyenne), en allégeant les démarches administratives. Elle réduit de deux mois à zéro le délai entre le dépôt du dossier d’information auprès du maire et la demande d’autorisation d’urbanisme dans le cas de nouvelles implantations, et de deux à un mois en cas de modifications substantielles.

pylône classique en métal

La France compte plus de 81 000 pylônes télécoms sur son territoire (crédits photo : Circet)