Un stéthoscope imprimé en 3D à 2,50 $ validé cliniquement

Soulignant l’essor de l’impression 3D dans le secteur médical, de plus en plus dispositifs médicaux imprimés en 3D répondent aux exigences de la réglementation. Qu’il s’agisse du fameux comprimé SPRITAM ou plus récemment de la prothèse de bras d’Open Bionics, plusieurs dispositifs fabriqués selon cette technologie ont été approuvés par les organismes de contrôle et d’autorisation de leur pays. Le dernier exemple en date nous est fourni par une équipe de chercheurs canadiens de l’University of Western d’Ontario qui a mis au point un stéthoscope très bon marché imprimé en 3D.

« Je devais poser mon oreille sur la poitrine parce qu’il n’y avait pas de bons stéthoscopes »

Destiné aux régions du monde ayant un accès limité aux fournitures médicales comme les zones de conflit ou sous-développées, ce dispositif est le premier instrument médical imprimé en 3D open source qui a été cliniquement validé. Appelé Glia, ce stéthoscope a été imaginé en 2015 par un docteur canado-palestinien du nom Tarek Loubani alors qu’il exerçait dans le service d’urgence du principal hôpital de Gaza. Scandalisé par le manque de moyens, le jeune médecin a mis au point un instrument très bon marché pour pallier au manque de matériel médical. « Je devais poser mon oreille sur la poitrine parce qu’il n’y avait pas de bons stéthoscopes, c’était une tragédie, un scandale. », explique le Dr Tarek Loubani.

« la qualité acoustique était la même dans notre stéthoscope que dans un stéthoscope de marque premium »

L’idée d’utiliser l’impression 3D a germé à son retour d’Ontario, alors qu’il jouait avec le stéthoscope en plastique de son neveu. Surpris de voir que l’instrument fonctionnait aussi bien qu’un vrai stéthoscope en métal, le jeune médecine s’est entouré d’une équipe de chercheurs pour concevoir un premier prototype en plastique. « Nous voulions que les médecins et les professionnels paramédicaux puissent avoir quelque chose de très qualitatif. Cette étude a révélé que la qualité acoustique était la même dans notre stéthoscope que dans un stéthoscope de marque premium. » Ajoute le jeune médecin.

Le stéthoscope a été créé à l’aide d’un logiciel libre et gratuit de manière à réduire les coûts et permettre aux autres d’y accéder facilement. Le modèle Glia peut être fabriqué en moins de trois heures et coûte seulement 2,50 $ à produire. Une simple imprimante 3D de bureau FDM et une bobine d’ABS suffisent pour créer l’instrument. Le reste du matériel comprend des tubes utilisés dans des machines de soda et des diaphragmes en plastique. Les résultats de l’étude montrent qu’il a la même qualité acoustique que les meilleurs stéthoscopes sur le marché vendu en moyenne 150 $.

Si le stéthoscope Glia n’est pas un instrument vital et indispensable en terme de diagnostic pour les hôpitaux équipés d’échographie, CT scan et autres technologies, il devient un outil très précieux dans les régions pauvres et les zones de conflit. « À Londres, si quelqu’un se fait tirer dessus, je peux utiliser une échographie pour regarder à l’intérieur et voir s’il y a une poche d’air mortelle appelée pneumothorax. A Gaza, les ultrasons ne sont pas disponibles dans les services d’urgence, ou sont délabrés, de sorte que le stéthoscope devient un outil peu coûteux qui nous permet de prendre des décisions vitales. » Souligne Tarek Loubani.

Actuellement utilisé par des médecins et des professionnels paramédicaux de Gaza , le stéthoscope Glia est également testé cliniquement au London Health Sciences Centrer (LHSC) de Londres et Ontario. Forte de cette première réussite, l’équipe de chercheurs envisage de créer d’autres instruments médicaux comme des otoscopes et des garrots tourniquets pour palier au manque de matériel dans certaines situations.

Retrouvez les résultats de l’étude ainsi que toutes les étapes de fabrication sur PLOS ONE.