Piratage : Boeing choisit le logiciel d’Assembrix pour sécuriser ses impressions 3D

« Boeing recherche des fournisseurs dans le monde entier qui respectent des normes strictes de qualité »

En se déplaçant peu à peu du prototypage vers la production de pièces finies et de masse, l’impression 3D apporte avec elle de nouveaux défis en terme de sécurisation des données pour les industriels. Synonyme de dématérialisation, cette technologie fonctionne à partir d’un modèle numérique qui contient en effet une bonne partie de la propriété intellectuelle et technique du produit. Alors que plusieurs travaux ont déjà pointé du doigt les risques de piratages et de vols de fichiers, notamment à travers les sons émis par les imprimantes 3D, l’aéronautique, un secteur particulièrement sensible aux questions de sécurité, prend cette problématique très au sérieux.

Le dernier exemple en date nous est fourni par Boeing. Le géant américain a récemment annoncé un nouveau partenariat avec Assembrix Ltd, une société israélienne connue pour sa plateforme cloud sécurisée. En utilisant son logiciel éponyme, Boeing sera ainsi en mesure de protéger les données qu’elle partage avec ses fournisseurs tout au long des processus de conception et d’impression 3D. Les fichiers 3D pourront être envoyés aux parties concernées sans risque d’interception, de corruption ou de décryptage des fichiers.

« Cet accord élargit les liens de Boeing avec l’industrie israélienne tout en aidant des sociétés comme Assembrix à développer leur activité », a commenté David Ivry, président de Boeing Israël. « Boeing recherche des fournisseurs dans le monde entier qui respectent des normes strictes de qualité, d’échéancier, de coût et de capital intellectuel, et Assembrix fait tout cela. »

« quand il s’agit de fabrication additive, l’adversaire n’a pas besoin de fabriquer une ligne de production ou de construire des maquettes… »

Ce nouveau partenariat met en relief l’un des principaux risques et menaces de l’impression 3D dans l’aéronautique, à savoir la compromission des pièces critiques au stade de la conception. Dans un contexte où les pièces réalisées par fabrication additive sont de plus en plus en nombreuses sur les avions commerciaux, le risque de vols de fichiers ou de sabotages dans le but d’affaiblir les produits en cours de production, constituent une préoccupation réelle dans ce secteur.

Dans un rapport publié en novembre dernier dédié à la sécurité aérienne, un groupe de réflexion dénommé Atlantic Council faisait part de ses préoccupations à ce sujet : « Quand il s’agit de fabrication additive, une fois que le fichier de conception a été volé, le concurrent n’a pas besoin de fabriquer une ligne de production ou de construire des maquettes pour la reproduire. Il peut juste l’imprimer. Cela rend les fichiers de conception d’impression 3D très recherchés par la concurrence et susceptible de devenir une nouvelle vague d’espionnage industriel. »

« Différents groupes de chercheurs ont démontré la capacité d’affaiblir une conception en accélérant son usure »

Selon ce même rapport, dans le cadre d’un projet de recherche visant à étudier les vulnérabilités de cybersécurité dans la fabrication additive, des chercheurs ont même prouvé qu’il était possible de compromettre l’imprimante 3D ou la conception de telle sorte que le produit a été affaibli d’une manière indétectable avec les méthodes de contrôle de qualité standard.

« Différents groupes de chercheurs ont démontré la capacité d’affaiblir une conception en accélérant son usure, en l’occurrence une hélice de sorte qu’elle a échoué de façon catastrophique après deux minutes d’utilisation. De plus, les chercheurs ont été en mesure de hacker une imprimante 3D, et ainsi exploiter la faille à l’aide d’un ver informatique capable récolter des informations sensibles. » Peut-on lire dans le rapport.

Dans son dernier rapport, le cabinet américain Gartner affirmait que d’ici 2021, 75 % des nouveaux avions commerciaux et militaires voleront avec pièces imprimées en 3D. Alors qu’Airbus prévoit de fabriquer 30 tonnes de pièces métalliques par impression 3D tous les mois en 2018, Boeing revendique 50 000 pièces imprimées en 3D dans le cadre de programmes commerciaux, spatiaux et de défense. Le Boeing 787 Dreamliner est le premier avion commercial à voler avec des pièces de titane conçues par fabrication additive et certifiées. Les pièces en titane ont été fabriquées sur une imprimante 3D grand format exploitant la technologie brevetée DPM® de Norsk Titanium.