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Atol lance des lunettes imprimées en 3D pour les enfants dyslexiques

L’impression 3D ne cesse de surprendre par l’étendue de ses possibilités. Il n’y a qu’à voir les nombreuses avancées dont a déjà pu bénéficier le monde du handicap grâce à ce procédé. Dans un secteur où il est important de coller aux spécificités de chaque patient – qu’il s’agisse de prothèses de membre ou de plans 3D pour mal-voyants – la fabrication additive n’a pas d’équivalent en terme de personnalisation et d’agilité de production. Cette capacité, le champion de l’optique française « Atol les Opticiens », a su l’exploiter dans un projet de lunettes destinées aux enfants dyslexiques.

Incubée depuis 2018, sa start-up bourguignone Abeye a tiré parti de la technologie d’impression 3D HP Multi Jet Fusion, pour fabriquer des lunettes électroniques permettant de faciliter la lecture aux dyslexiques. Conçues et fabriquées en France, ces lunettes intelligentes baptisées « Lexilens », seraient issues de recherches menées par Albert Le Floch et Guy Ropars, deux scientifiques spécialisés dans la physique des lasers de l’Université de Rennes. Leurs travaux récompensés l’Académie Nationale de Médecine, ont démontré le lien qui existerait entre le fonctionnement des yeux et du cerveau, et l’apparition de certaines formes de dyslexies.

Ces chercheurs expliquent que lorsque les êtres humains lisent, le cerveau génèrerait en fait une image miroir qui fait que l’on confond par exemple les lettres b et d.  C’est l’absence d’œil directeur chez les personnes dyslexiques qui entraînerait la création d’images miroirs dans le cerveau, et l’incapacité de ce dernier à choisir la bonne image. Ce trouble de l’apprentissage présente chez plus de 8 millions de français, se manifeste par des difficultés à lire et à écrire, et par voie de conséquence à assimiler l’orthographe. C’est ainsi que pendant trois ans, les deux chercheurs ont développé des filtres dotés de verres électroniques capables de supprimer cette image miroir.

« c’est le premier produit multi-composants imprimé avec une telle complexité d’assemblage. Pas moins de 9 composants ! «

La monture Lexilens qui ne pèse que seulement 35 grammes, est entièrement imprimée en 3D grâce à la technologie HP Multi Jet Fusion, puis assemblée. La réussite du dispositif tient également dans la collaboration d’Abeye avec Erpro, ce service d’impression 3D français à qui l’on doit notamment les fameuses brosses à mascara de Chanel. Abeye a ainsi pu tester différents prototypes et réaliser rapidement différentes itérations avant de choisir la bonne technologie et les bons post-traitements. Cet accompagnement par Erpro et HP a permis d’obtenir un produit fini optimal.

« La fabrication des lunettes Lexilens imprimée en 3D est exceptionnelle puisque c’est le premier produit multi-composants imprimé avec une telle complexité d’assemblage. Pas moins de 9 composants ! » commente Nicolas Aubert, Directeur de l’Impression 3D pour HP France. « L’expertise de notre partenaire Erpro a été d’autant plus critique dans un contexte de produits multi-composants, où il faut gérer les jeux d’assemblages, sans compromis sur la qualité du produit final. »

Certifiées comme dispositif médical de classe I, les lunettes Lexilens fonctionneraient dans plus de 90% des cas. En terme de fonctionnement, un dispositif électronique logé dans les branches, permet d’activer les filtres par une simple pression. Le paramétrage s’effectue en se connectant à une application smartphone. La première monture réservée d’abord aux enfants, sera commercialisée dans le courant de l’année pour 399 €. Une second modèle pour les adultes devrait également voir le jour pour 2021. Les personnes intéressées peuvent dès à présent se rendre chez leur opticien Atol pour les tester.

Selon un rapport du cabinet SmarTech Publishing sur la place de l’impression 3D sur le marché de la lunetterie, celui-ci pourrait atteindre les 3,4 milliards de dollars d’ici 2028 contre 182 millions en 2018. Plusieurs acteurs se lancés sur ce créneau. Le plus novateur étant probablement Luxexcel, une société belgo-néerlandaise spécialisée dans l’impression 3D de verres et de composants optiques. Là où avec les techniques classiques 80% des matériaux d’origine sont gaspillés, sa technologie permet de produire des verres quasi-finies.

Alexandre Moussion