Rencontre avec LATTICE MEDICAL : l’impression 3D et la dentelle pour révolutionner la reconstruction mammaire

des bioprothèses mammaires pour la reconstruction mammaire

Le Dr. Pierre-Marie DANZE et Julien Payen

Seules 15 % des 1,7 millions de femmes touchées chaque année dans le monde par le cancer bénéficient d’une reconstruction mammaire. Pour offrir une alternative aux possibilités thérapeutiques classiques particulièrement coûteuses et lourdes en chirurgie, une jeune pousse tricolore du nom Lattice Medical a imaginé une prothèse imprimée en 3D 100 % bio-résorbable et personnalisable. Incubée dans les Hauts de France au pôle Eurasanté, la start-up montante de l’impression 3D française a récemment lancé une levée de fond pour accélérer son développement. A cette occasion et afin de faire la lumière sur cette méthode révolutionnaire pour la reconstruction mammaire mais aussi la chirurgie esthétique, PRIMANTE 3D a interviewé le co-fondateur du projet Julien Payen.

« il y a 22 000 patientes qui subissent une mastectomie chaque année, notre prothèse est aussi applicable à la chirurgie esthétique »

Julien Payen

Julien Payen bonjour, pourriez-vous nous présenter Lattice Medical et nous parler de sa genèse ?

Bonjour, LATTICE MEDICAL développe de nouveaux dispositifs médicaux implantables pour la reconstruction des tissus mous. La première application concerne le cancer du sein qui touche 1 femme sur 8 dans le monde, dont 40% subiront une mastectomie et seules 14% auront accès à la reconstruction car les méthodes actuelles ne sont pas satisfaisantes.

Pour répondre à cet enjeu, nous avons développé la bioprothèse MATTISSE, c’est un dispositif médical implantable qui permet une reconstruction naturelle car elle régénère les tissus adipeux de la patiente, personnalisée car elle est adaptée à la morphologie de la patiente grâce à l’impression 3D et permet une reconstruction en une seule chirurgie car elle est complètement résorbable.

LATTICE MEDICAL est le fruit de six années de recherche au sein du CHU de Lille et issu notamment de la rencontre entre un chirurgien plasticien, Pr Pierre Guerreschi, de deux médecins biologistes Pr Philippe Marchetti et Pierre-Marie Danzé et de Julien Payen Ingénieur Matériaux.

Dans quelles circonstances avez-vous découvert l’impression 3D ?

Nous nous servions de l’impression 3D au début pour faciliter la mise en œuvre de nos prototypes, moins de consommation matière et plus de flexibilité que l’injection plastique.

« un support tridimensionnel qui s’inspire des propriétés 3D de la dentelle de Calais »

Comment se compose votre bioprothèse mammaire MATTISSE ?

On a un support tridimensionnel qui s’inspire des propriétés 3D de la dentelle de Calais et un dôme imprimé en 3D qui sert de guide à la croissance cellulaire. Les deux parties sont composées du même matériau résorbable

Quelles sont les étapes de conception pour arriver à une prothèse mammaire sur-mesure ?

Tout d’abord il faut des images issues de scanner ou IRM de la patiente avant son opération de mastectomie. Ces images sont filtrées pour ne conserver que la morphologie du site à reconstruire. Nous obtenons ensuite un volume qui définit les contours de notre prothèse puis nous procédons à une optimisation topologique du design ainsi qu’à l’ajout de caractéristiques intrinsèques à la prothèse qui permettent la reconstruction. Ensuite le fichier est prêt à être imprimé.

Dôme imprimé en 3D

Quels systèmes d’impression 3D et matériaux utilisez-vous ?

Nous travaillons sur des machines de type FDM car il n’existe pas de matières résorbables médicales sous une autre forme que des granulés plastiques. Je ne communique pas les fabricants de nos machines.

Votre matériau est-il compatible avec la radiothérapie ?

C’est en cours de validation mais à priori oui.

« la prothèse va régénérer du tissu adipeux prélevé sur la patiente »

Comment se déroulent l’acte chirurgical et les différentes étapes de reconstruction ?

Notre objectif est de n’avoir qu’un seul acte chirurgical. Celui-ci est très proche d’une pose de prothèse silicone. Une fois introduite, la prothèse va régénérer du tissu adipeux prélevé sur la patiente qui est positionné dans l’implant dans un délai d’environ 6 mois puis la prothèse va se résorber dans un délai de 12 mois. A la fin le sein est reconstruit naturellement et l’implant a disparu de l’organisme.

Jusqu’alors quelles étaient les techniques de reconstruction mammaires disponibles et quels sont les avantages mais aussi les limites de l’impression 3D par apport aux procédés classiques ?

Il existe trois techniques de reconstruction mammaire :

– La pose de prothèses silicones : Elles posent les problématiques suivantes, corps étranger présent en
permanence, risques (ex : PIP), changement de prothèse tous les 10 ans en moyenne.

– L’utilisation de lambeaux : Ce sont des techniques chirurgicales longues > 7 heures et laissent des séquelles sur l’organisme à cause du prélèvement du site donneur.

– Le transfert de graisse (lipofilling) : C’est une technique très itérative, il faut plus de 7 chirurgies pour reconstruire un sein.

Pour nous l’impression 3D a été un moyen pour aller plus vite mais que nous souhaitons aujourd’hui transformer en opportunité. L’avantage réel de la technologie est son coût et la possibilité d’adapter une forme différente. Son inconvénient aujourd’hui est la reproductibilité (fiabilité de chaque impression) et la vitesse d’impression par rapport à des techniques d’injection plus conventionnelles.

Il y a t’il une différence dans l’acte chirurgical ? Votre prothèse pourra elle être implantée en même temps que la mastectomie ?

Il y a quelques petites différences dans l’acte chirurgical par rapport à une prothèse silicone, notamment pour prélever le tissu adipeux. Pour le moment nous ne pouvons répondre à cette question, seul l’essai clinique sur des patientes y répondra.

Rien qu’en France, combien de patientes pourraient bénéficier de votre solution ?

Pour le volet reconstruction, il y a 22 000 patientes qui subissent une mastectomie chaque année, notre prothèse est aussi applicable à la chirurgie esthétique (augmentation mammaire) et donc toucher les 60 000 femmes qui font une augmentation chaque année.

En terme de prix pouvez-vous nous donner un ordre de grandeur par apport à une prothèse mammaire classique ?

Nous ne donnons pas d’indication de prix pour le moment.

« le premier essai clinique sur patientes en 2021 »

Il y a quelques jours Lattice Medical a lancé une levée de fond sur la plateforme participative Wiseed. Quels sont vos objectifs et votre roadmap ?

Oui, nous lançons une collecte de fonds avec la plate-forme WiSEED :

Cette levée de fonds s’opère avec trois autres fonds d’investissement avec pour objectif de boucler un premier tour à 2 millions d’euros pour nous permettre d’accélérer notre développement. Les prochaines étapes seront :

– Finalisation de la conception de la prothèse fin 2019
– Vérification de la conception de la prothèse par des essais pré-cliniques réglementaires fin 2020
– Montage de notre plate-forme d’impression 3D en salle blanche qui sera certifiée ISO 13485 pour la conception, le prototypage et la fabrication de dispositifs médicaux imprimés en 3D et aptes à être implantés.
– Validation de notre dossier technique réglementaire pour démarrer le premier essai clinique sur patientes en 2021.

Lattice Medical n’est pas le seul projet d’impression 3D dédié aux seins des femmes. La start-up parisienne Endeer a développé un soutien gorge imprimé en 3D capable de s’adapter aux morphologies de chacune. Récompensée du dernier trophée « Pitch Startups 3D », la jeune pousse est actuellement en cours de financement sur Indiegogo.