Un Japonais arrêté pour avoir fabriquer des armes à feu avec une imprimante 3D

un japonais fabrique une arme avec une imprimante 3d

En 2012, un jeune américain du nom de Cody Wilson partageait sur Thingiverse, les fichiers 3D d’un fusil semi-automatique. Un an plus tard il récidivait avec « The liberator » un pistolet imprimé en 3D, une première mondiale… Un fait d’arme si on peut dire, dont l’impression 3D se serait bien passée et qui malheureusement a depuis fait des émules. En effet cinq mois plus tard, Solid Concepts une société texane spécialisée dans l’impression 3D, renchérissait en imprimant (par frittage laser) un pistolet en métal (Colt M1911) plus vrai que nature.

Sans surprise et si ces faits étaient jusqu’alors limités au territoire américain, c’est au Japon que la dernière impression du genre a eu lieu.  Il y a quelques jours, Yoshitomo Imura un jeune japonais de 27 ans, a été arrêté dans la banlieue de Tokyo pour avoir imprimé plusieurs armes à feu. Pourtant inconnu des services de police, les enquêteurs de Kanagawa ont retrouvé à son domicile six armes (5 pistolets + 1 revolver) imprimées en 3D. Si la police n’a retrouvé aucunes balles létales, deux de ces armes avaient la capacité d’en tirer et des balles en plastique ont été saisies. Selon les autorités certains calibres étaient même capable de tirer des minutions de la taille d’une balle de golf. Le suspect n’a rien fait pour cacher ses activités, bien au contraire puisque celui-ci avait publié plusieurs vidéos sur internet, se ventant de ses méfaits. Imura postait des commentaires sur les réseaux sociaux: «Je vais diffuser les plans d’un pistolet imprimé en 3D que tout le monde pourra facilement créer..»

Des plans issus de Defense Distribued ?

acheter dans une armurerie pour sa sécurité sans faire de meurtre

Le jeune homme employé dans une université, aurait utilisé une imprimante 3D de style Reprap achetée environ 400 € sur internet. «Je les ai fabriqué moi même mais je ne savais pas que c’était illégal » a déclaré Yoshitomo Imura. Celui-ci aurait téléchargé les plans sur un site américain et il n’est pas impossible que ces plans originaux proviennent du site de Cody Wilson. En mai 2013, l’américain et son organisation Defense Distribued, avait partagé sur son propre site le manuel de fabrication de son pistolet. Sous la pression du gouvernement américain, il avait du retirer le manuel en question mais trop tard puisque 100 000 téléchargements avait déjà eu lieu. Depuis les plans sur disponibles sur de nombreux sites…

revolver zig zag démonté

Revolver Zig Zag en pièces détachées

Aux Etats Unis la législation sur la détention des armes à feu est on le sait, déjà très permissive. De plus leur fabrication par impression 3D constitue là bas un vide juridique. La loi est beaucoup plus stricte au Japon. Si l’on s’en réfère à celle-ci «aucune personne ne doit posséder d’armes à feu ou de sabres », à l’exception des fusils de chasse et des carabines à air comprimé. Si on creuse un peu plus cette loi, Yoshitomo Imura l’aurait d’ailleurs enfreint par 2 fois pour les raisons suivantes : avoir eu des armes en sa possession et pour avoir tiré avec une arme à feu (voir vidéo).

Si aux Etats-Unis les meurtres par armes à feu (12000 par an) sont devenus le lot quotidien des journaux télévisés, le Japon est tout son contraire. Avec seulement 2 homicides par armes à feu en 2006 dans un pays qui compte 120 millions d’habitants, le Japon est aux antipodes de la culture américaine… La starification de l’impression 3D par les médias ajoutée donc à une société japonaise très sensible au port des armes, ont suffit à donner à cette actualité un retentissement mondial.

Impression 3D et armes à feu : un phénomène inquiétant ?

cody wilson membre d'une association de défense

Cody Wilson et son pistolet « Liberator »

Doit-on s’inquiéter de ce nouveau phénomène ? Réponse de normand, oui et non… L’impression 3D comme pour n’importe quelle technologie de rupture aura forcément ses travers… Toute innovation présente des avantages mais aussi des inconvénients, c’est inévitable. A l’origine l’imprimante 3D n’est qu’une machine outil inoffensive, sa dangerosité ne dépend donc que de l’utilisation qui en est faite. Certains utilisent internet pour apprendre à fabriquer des bombes, d’autres pour faire tomber des dictatures…

Pour autant inutile de nier la problématique, la démocratisation d’une machine capable de fabriquer des armes facilement et à bas coût peut poser des problèmes. En effet le fameux Liberator ne coûterait que 35 € à fabriquer pour une journée d’impression environ… Pour autant ce pistolet est loin d’être fiable. La portée de son tir n’atteint que quelques mètres et le plastique se fendant au bout de quelques utilisations, le rend très dangereux pour son utilisateur. (En mai 2013 la police australienne avait testé l’impression d’un pistolet Liberator et celui-ci avait explosé : vidéo).

le receiver capable de recevoir un missille balistique

Le receiver d’un fusil AR-15

Le fait par contre de pouvoir imprimer le receiver d’une arme pose question… Le receiver (ou culasse) est en fait la partie qui contient la gâchette et le chargeur. Aux Etats- Unis c’est pour cette partie que l’on doit fournir les papiers d’enregistrement nécessaires aux autorités. De ce fait pouvoir fabriquer soit même ce type de pièces rendrait intraçable et incontrôlable ce type d’arme. Toutefois il faut rester encore une fois mesuré. Pour le malfrat ou le terroriste il est bien plus facile de passer par le marché noir où l’on peut de surcroit se fournir des armes beaucoup plus fiables. Le souci majeur est peut être finalement dans sa composition. En effet un pistolet en plastique n’est pas repérable par les détecteurs de métaux d’un aéroport par exemple. Un véritable défi donc pour les systèmes de sécurité même s’il reste toujours détectable par les scanners corporels et de baguage. Mais là encore il faut rester mesuré, l’impression 3D ne date pas d’aujourd’hui, il s’agit d’un procédé disponible depuis déjà 30 ans et pourtant jamais aucun terroriste n’a encore été pris avec une arme imprimée en 3D. D’autant qu’il est possible de se fabriquer un pistolet en plastique ou en céramique avec les méthodes de fabrication traditionnelles…

un soldat de l'armée qui part au combat

Comme pour d’autres technologies avant elle, la société et ses lois vont donc devoir s’adapter et encadrer l’impression 3D. Les Etats-Unis est le seul pays à avoir pour le moment pris les devants, le département d’état américain ayant par exemple interdit à l’organisation Defense Distributed de mettre en ligne les plans de sa Liberator. En Californie un projet de loi obligerait à toute personne qui voudrait imprimer une arme à se soumettre à une vérification de ses antécédents. A New York un autre projet de loi interdirait tout simplement leur fabrication… Si les Etats-Unis sont pour le moment les plus actifs sur le sujet c’est tout simplement parce que leur législation sur le port d’arme est l’une des plus permissive au monde. Et peut être aussi par lobbying… La Suisse pourtant très libérale, est à l’inverse déjà bien protégée par sa législation pour faire face à ce genre de dérives. En France la loi sur le port et le transport des armes est déjà suffisamment restrictif pour faire face au phénomène. Mais paradoxalement c’est peut être dans ces pays là que ce genre d’application aurait le plus d’intérêt et de risque de se développer, elle faciliterait l’accès à des armes à feu habituellement peu accessibles du fait de leur législation restrictive.

2 ans de prison pour ses armes imprimée en 3D

Umura a été condamné à 2 ans de prison pour avoir imprimer des armes.

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