Impression 3D et entreprise : comment sauter le pas ? Des experts répondent !

conseil pour intégrer l'impression 3D en entreprise

6 milliards de dollars, c’est le chiffre d’affaires mondial généré par l’impression 3D en 2016, une technologie qui accélère son déploiement. Après la bulle médiatique de 2013 et les rêves de démocratisation grand public, l’impression 3D est entrée dans une phase de professionnalisation et de consolidation des usages. Alors que la fabrication additive monte en maturité industrielle, nombre d’entreprises convaincues par ses avantages (diminution des délais de fabrication, réalisation de formes complexes, réduction de poids…), réfléchissent à l’intégration de cette technologie dans leur appareil de production. Confrontées à un marché en pleine effervescence où il n’est pas un jour sans qu’apparaissent de nouvelles machines, de nouveaux matériaux ou de nouvelles applications, ces entreprises sont souvent perdues devant la masse d’informations. Conscient de leur difficulté à appréhender cette technologie et à sauter le pas, PRIMANTE 3D a interrogé plusieurs experts qui ont accepté de prodiguer leurs conseils.

« La compétence essentielle à avoir avant de sauter le pas est de connaitre la CAO »

Entreprise Benne S.A / Fabien Valette

Fabien Valette

Société tarnaise spécialisée dans les convoyeurs, BENNE fait partie des entreprises françaises qui ont fait le pari de l’impression 3D en investissant en 2015 dans sa première machine. Technico-commercial de l’entreprise, Fabien Valette s’appuie sur l’expérience de l’entreprise pour livrer quelques précieux conseils.

En 2015, Benne faisait l’acquisition de sa première imprimante 3D. Forts de votre expérience, quels conseils pourriez-vous donner à une entreprise souhaitant investir dans cette technologie ? Par où commencer ?

La première démarche à mettre en place avant de se lancer dans l’impression 3D est de se renseigner et réaliser des études de marché. L’impression 3D est un procédé de fabrication récent avec de nombreuses possibilités de développement.

C’est une nouvelle technologie à fort potentiel qui promet des retombées pour l’avenir. Il est très important de déterminer les clients potentiels et les marchés porteurs. Par exemple, notre société se situe dans une région (Occitanie) où l’aéronautique à une place très importante. Les entreprises de ce secteur d’activité sont des prospects à ne pas négliger.

Un point auquel les futurs utilisateurs peuvent s’intéresser est le fait que l’utilisation de l’imprimante 3D peut tout à fait s’opérer en interne, c’est-à-dire sans créer nécessairement un produit destiné à être vendu. Nous l’utilisons beaucoup pour la recherche et le développement. La compétence essentielle à avoir avant de sauter le pas est de connaître la CAO (conception assistée par ordinateur). Il est important d’avoir des personnes formées, capables de maîtriser les logiciels de dessin 3D, auquel cas la conception de la pièce sera impossible. Il ne faut pas tarder à se lancer afin d’avoir les bases ainsi que de bonnes connaissances, ce qui permettra ensuite de suivre les évolutions de l’impression 3D.

« La première question à se poser est celle des moyens que le chef d’entreprise peut consacrer à ce projet »

Spartacus 3D / Charles de Forges

Charles de Forges

Start-up née en 2014 de la rencontre de Frédéric Guinot, président du groupe Farinia et Charles de Forges issu de l’industrie du verre, Spartacus 3D est un prestataire spécialisé en fabrication additive métallique. Directeur général de l’entreprise, Charles de Forges fait le point sur les bonnes questions à se poser avant de se lancer.

Un chef d’entreprise souhaite intégrer la fabrication additive métallique à son activité. Quel est votre premier conseil ? Quelles sont les premières démarches à effectuer ?

L’intégration de la fabrication additive métallique n’est pas un sujet « unique »​, toute démarche d’approche de ces procédés doit être dirigée avec méthode. Chaque industriel doit identifier dans ses activités comment il peut tirer profit de la fabrication additive. Est ce pour faire du développement rapide ? Des outillages ? Des pièces en série ? Au cours de cette étude il précisera son besoin : procédé (laser ou faisceau d’électrons, projection ou lit de poudre), matériaux (alu, inox, titane), dimensions des pièces et précisions dimensionnelles. C’est ainsi qu’il identifiera le ou les procédés qui répondent à ses exigences, par exemple la fusion laser sur lit de poudre. A ce stade la question qui se pose est en effet de passer au stade suivant.

La première question à se poser est celle des moyens que le chef d’entreprise peut consacrer à ce projet. La deuxième – qui peut être liée à la première – est celle de la vitesse de déploiement qui est attendue. Il est souvent difficile de répondre à ces deux questions sans être rentré dans le détail des projets…

« C’est seulement à l’issue de cette phase qu’un chef d’entreprise sera capable d’évaluer réellement ce que la technologie va lui apporter »

Voici quelques conseils que je donnerais à un chef d’entreprise qui a déjà parcouru le chemin que j’ai décrit ci-dessus :

– ne pas traîner dans les salons et autres congrès : c’est à faire dans la démarche amont mais ensuite ça ne sert plus à rien, le niveau de détails ne sera pas suffisant

– ne pas espérer des fabricants de machine qu’ils vont apporter des solutions : même argument que ci-dessus

– ne pas aller en formation ou alors choisir avec attention. Nous proposons par exemple une formation de deux jours qui est appliquée, avec des manipulations sur machine, ce qui permet de répondre à beaucoup d’interrogations. Mais éviter les formations trop générales.

– sélectionner deux ou trois acteurs présents sur le marché, si possible avec des machines différentes, leur rendre visite, voir leurs installations.

– retenir deux projets et deux fournisseurs, lancer la réalisation des projets

C’est seulement à l’issue de cette phase qu’un chef d’entreprise sera capable d’évaluer réellement ce que la technologie va lui apporter. Il pourra également faire des calculs de retour sur investissement et décider de sa stratégie future.

« Après un diagnostic précis, l’entreprise peut bénéficier de soutiens humains et financiers »

Club d’impression 3D des Hauts-de-France / David Ferron

David Ferron

Né en 2014 dans le cadre du programme régional « La Troisième Révolution Industrielle, le Club d’impression 3D des Hauts-de-France vise à connecter et fédérer tous les acteurs dans un écosystème régional. Depuis maintenant 3 ans il suit plus de 150 projets et contacts, et regroupe désormais plus de 500 personnes. Animateur du club et Responsable de projets Innovation & Design CCI Grand Lille, David Ferron met l’accent sur les compétences régionales et les programmes d’accompagnement aujourd’hui disponibles.

Une entreprise veut se lancer dans l’impression 3D. Quel est votre premier conseil ? Quels sont les programmes d’accompagnement aujourd’hui disponibles en France ?

La fabrication additive interpelle de plus en plus d’entreprises pour faire évoluer leurs modèles économiques. Animé par les CCI Hauts-de-France, notre Club impression 3D régional suit depuis 3 ans plus de 150 projets et contacts, et regroupe désormais plus de 500 personnes. Il s’agit davantage d’un hub dans lequel l’ensemble de l’écosystème régional a sa place : clusters, start-up, PME, designers, fablabs, avocats, écoles/universités, prestataires ou distributeurs… Nous sommes régulièrement sollicités pour des projets de porteurs de projet ou d’entreprises qui initient des démarches liées à l’impression 3D : recherche d’un prestataire, recherche d’une technologie, voire en phase d’investissement…

« les orienter le cas échéant vers les programmes nationaux »

En tant que conseiller, la première chose consiste à bien comprendre le besoin et à estimer si l’impression 3D est légitime par rapport au projet (volume de la pièce, le matériau envisagé et son usage). Animateur d’un écosystème, mon réflexe naturel est d’orienter vers les compétences régionales et d’inviter à consulter notre outil en ligne (Carte interactive des compétences). Parfois, nous rencontrons des projets plus ambitieux de PME qui souhaitent investir sur une technologie de fabrication additive. Comme dans de nombreuses régions, nous orientons dans ce cas vers la démarche Industrie du Futur portée par la région Hauts-de-France. Après un diagnostic précis, l’entreprise peut bénéficier de soutiens humains et financiers pour avancer sur son projet de modernisation industrielle et d’investissement.

Si le besoin concerne une filière, mon rôle est aussi de mettre en relation avec nos partenaires régionaux (par exemple le CETIM pour la mécanique et l’impression métal ; Plastium pour la fabrication additive plastique ; etc) qui sont aptes à les orienter le cas échéant vers les programmes nationaux (3D Start PME, In3D…). Enfin, nous sommes très régulièrement consultés pour des projets structurants régionaux ou de montage de consortiums de recherche.

« des connaissances pluridisciplinaires couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur de la fabrication additive »

Multistation / Clément Boutet

Clément Boutet

Créé en 1987 par Yannick Loisance son actuel PDG, Multistation est un fournisseur de machines de fabrication additive et digitale. Ingénieur commercial de l’entreprise Clément Boutet nous éclaire sur la bonne marche à suivre pour choisir son imprimante 3D.

A la lumière des avantages de l’impression 3D, une entreprise souhaite investir dans une machine. Comment choisir son imprimante 3D ? Quelles sont les bonnes questions à se poser ?

La complexité du sujet est telle qu’elle nous a amené à développer un département spécialisé dans l’accompagnement à l’intégration de ces solutions ! Nous sommes face à un arbre de décision d’un type relativement nouveau et complexe, qui demande des connaissances pluridisciplinaires couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur de la fabrication additive, pour les projets métalliques ou non. D’abord rédiger un cahier des charges, quel est mon besoin premier et quels sont les domaines d’applications envisagées ? Quelles sont les dimensions des pièces à produire, quel matériau ? Quel est le procédé qui convient le mieux parmi les quelques dizaines disponibles ( extrusion de fil, frittage de poudre, LMD…) ? S’agit-il de prototypage ou de production ? Dois-je modifier le design des pièces par optimisation topologique, voire introduire des structures lattices pour les alléger, quel est mon souhait en matière d’état de surface, quel est le niveau de qualification matière exigé par mes clients ou mon bureau d’études ? Mes locaux sont-ils bien adaptés, les opérateurs seront- ils bien protégés ?

« En fonction de la culture d’entreprise, Il est parfois souhaitable d’investir en parallèle dans une solution entrée de gamme »

Il est grandement recommandé de commencer en sous-traitant la production envisagée auprès d’une entreprise spécialisée , les « services bureaux » , ceci permettra de « benchmarker » et vérifier le niveau de maturité de mon application. En fonction de la culture d’entreprise, Il est parfois souhaitable d’investir en parallèle dans une solution entrée de gamme comme nous proposons depuis des années à l’éducation et aux fablabs, des packages composés d’un scanner 3D et d’imprimante 3D de type extrusion de fil ou DLP,afin de s’habituer à la chaîne numérique.

La visite des salons spécialisés permet aussi d’avoir une vision de l’état de l’art et d’établir une cartographie des leaders. Il s’agit de bien vérifier à qui on achète et ce que l’on achète: ces dernières années le domaine de la 3D était en pleine ébullition et nombre d’acteurs ont disparu aussi vite qu’ils sont apparus ! Il est donc primordial de s’adresser au bon partenaire capable d’appréhender le risque d’obsolescence et surtout d’assurer la formation, la maintenance et l’assistance à l’utilisation de l’équipement dans la durée, une bonne affaire à l’achat peut se terminer avec des grosses galères à l’utilisation.

Une aide fiscale pour les PME qui investissent dans l’impression 3D

Interview du député Jean Jean Grellier à propos d’un dispositif d’amortissement exceptionnel pour les imprimantes 3D acquises ou crées par les PME.

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