Maxence est-il vraiment le premier français à porter une prothèse imprimée en 3D ?

Maxence

Maxence et sa prothèse imprimée en 3D (J.PACHOUD/AFP)

On assiste depuis quelques jours en France, à un véritable emballement médiatique autour d’un certain Maxence Contegal, petit garçon présenté comme le premier français à porter une prothèse imprimée en 3D. Agé de 6 ans et originaire de Cessieu dans l’Isère, cet enfant est atteint d’agénésie, une maladie qui se caractérise par l’absence de formation d’organe, en l’occurrence de sa main droite. Depuis hier, Maxence porte une prothèse de main conçue et imprimée par e-Nable, une fondation américaine régulièrement évoquée ici (ex), dont l’objectif est de fournir des prothèses bon marché grâce à l’impression 3D. Destiné aux personnes amputées ou souffrant de maladies congénitales, ce programme permet de s’affranchir des prothèses traditionnelles certes plus perfectionnées mais hors de prix.

Celle de Maxence a coûté moins de 50 €, un prix bien en deçà des prothèses conventionnelles pouvant atteindre plusieurs dizaines milliers d’euros. Outre sa capacité à produire des prothèses bon marché, l’impression 3D permet de produire des prothèses personnalisées et colorées. Les enfants acceptent ainsi plus facilement leur handicap et l’entourage porte un autre regard sur leur différence. Dans le cas présent, Maxence a personnalisé lui-même sa prothèse, en choisissant ses couleurs pour chaque pièce et ajoutant quelques fantaisies, comme le sigle M pour Super Max !

UNE PREMIERE EN FRANCE ?

nicolas huchet

Nicolas Huchet et sa dernière prothèse imprimée en 3D

Si la formidable médiatisation autour de cet évènement est compréhensible, permettant pour une fois de relayer une actualité positive autre que le beau temps et les départs en vacances… l’information est néanmoins erronée. En effet, si la plupart des médias ont présenté Maxence comme le premier français à porter une prothèse imprimée en 3D, plusieurs personnes sont déjà équipées de ce genre de dispositifs en France.

Le cas le plus connu est certainement Nicolas Huchet, un rennais de 31 ans dont la prothèse de main myoélectrique a été imprimée en 3D. Amputé de la main droite suite à un accident de travail, Nicolas a commencé à travailler en 2012 sur un projet baptisé Bionico Hand visant à créer des prothèses myoélectriques bon marché à partir de différentes technologies open source dont l’impression 3D. Le projet est né d’une collaboration avec le fablab de Rennes et s’inspire du projet Robot humanoïde Inmoov du designer Gaël Langevin. En août 2014, l’un des membres du Fablab Artilec de Toulouse s’était également illustré en imprimant une prothèse de main pour son père, amputé à la suite à un accident de travail. (voir vidéo ci-dessous)

« la technologie impression 3D permet d’avoir une prothèse de main fonctionnelle sur mesure à moindre coût et rapidement »

Thomas Grougon le designer produit qui était en charge de ce projet témoigne :

« Effectivement contrairement à ce qu’on a pu entendre dans les médias ces derniers temps, Maxence n’est pas le premier français à être équipé de ce genre de prothèse imprimée en 3D. Nous avons également eu un projet similaire il y a un an maintenant, en août 2014. Un fils et son père se sont rapprochés du fablab de Toulouse, car ils avaient entendu parler des fablabs et de la technologie impression 3D. Ils sont venus nous voir avec la volonté de réaliser une main sur mesure en impression 3D répondant aux besoins du père. Car suite à son accident, il avait deux solutions soit payer une prothèse fonctionnelle excessivement chère soit recevoir une prothèse de main dite « main sociale » remboursée.

Plus que d’une main esthétique, il avait besoin d’une main fonctionnelle afin de pouvoir saisir de nouveau les objets du quotidien, ses outils ou encore utiliser ses couverts pour manger. Nous avons cherché grâce à la communauté de l’open source des projets similaires afin de récupérer les fichiers 3D et pouvoir les adapter à la morphologie de la personne. De nombreux projets sont ainsi réalisés, car la technologie impression 3D permet d’avoir une prothèse de main fonctionnelle sur mesure à moindre coût et rapidement. Toujours en contact avec cette personne, ça lui a véritablement changé son quotidien. »

Comme en témoigne ces quelques exemples, il ne s’agit donc pas d’une première en France. Maxence n’est ni plus ni moins, « que » le premier français à bénéficier d’une prothèse 3D conçue par e-Nable.

« Cette maladresse a toute fois été un grand bien pour nos associations »

Eric Contegal, père de Maxence et vice-président de l’Assedéa explique :

« En effet Max n’est pas le premier et nous le savons car depuis quelques temps déjà nous sommes en relation avec Nicolas Huchet pour le faire intervenir lors de l’anniversaire de l’Assédea le 10 octobre prochain afin de faire un comparatif entre les 2. Tout est parti d’un petit article dans un journal local ou E-nable a été retiré du titre lors de la publication. L’emballement médiatique nous a complètement dépassé, étant sollicité dès 7h du matin le dimanche pour des interviews, d’ailleurs aucune en direct, à chaque fois que l’on précisait que ce n’était pas une prothèse médicale et que ce n’était pas une première française mais une première pour l’Assedea et Enable, cette partie était coupée au montage, pas assez vendeur dans les journaux, un journaliste m’a même dit c’est pas grave, tout le monde en parle il faut nous aussi en parler. Cette maladresse a toute fois été un grand bien pour nos associations et pour la dédiabolisation de l’agénésie en général, car de nombreuses familles « se sentant isolées » nous ont contactés et nous contactent encore pour échanger, grâce à cette surmédiatisation, et c’est bien la mission première de l’Assédea, venir en aide à des familles en détresse. »

Si l’ampleur médiatique peut surprendre, elle aura néanmoins permis de mettre en lumière cette ONG américaine qui jusqu’alors s’était surtout illustrée à l’étranger. Présente en France depuis un an à peine, la fondation y est représentée par Thierry Oquidam, co-fondateur et maker à l’origine de cette prothèse. Primante 3D a donc profité de cette actualité pour lui poser quelques questions et recueillir ses impressions sur cette formidable médiatisation.

« Ce buzz involontaire est le bienvenu pour e-Nable et pour l’impression 3D en général »

Thierry Oquidam

Thierry Oquidam

Thierry bonjour, pourriez-vous nous parler un peu de votre parcours et présenter e-Nable ?

Passionné de nouvelles technologies, début 2014 j’avais quasiment décidé d’investir dans une imprimante 3D. Se posait alors la seule question résiduelle : je vais faire quoi avec, à part imprimer des mickeys pour mes enfants ? (ce qui est en soi une activité louable mais ne correspond pas vraiment à un projet). Au cours de ma R&D je suis tombé sur le site de e-Nable, j’avais trouvé. J’ai acheté en juin une Prusa i3 en kit (reprap et polyvalence) chez e-motion tech à toulouse (des passionnés). J’ai appris à m’en servir durant les mois d’été et en septembre 2014 j’ai imprimé ma première main e-Nable. Je ne suis pas un grand connaisseur des autres mouvements. Je ne hante pas les fablabs. J’ai rencontré quelques personnes formidables lors de la maker faire 2015 où j’avais pris un stand pour faire connaitre e-Nable. J’ai un métier très prenant, une famille de même, et une imprimante que j’utilise quand j’ai du temps pour ce que je peux : changer le monde, un petit peu, à ma mesure.

e-Nable est une fondation née aux Etats-Unis il y a trois ans, qui regroupe aujourd’hui plus de 6000 volontaires à travers le monde, qui conçoivent, impriment et donnent des appareils d’assistance pour les mains aux personnes qui en font la demande.

Depuis quand cette association est-elle présente en France et combien y compte elle de membres à l’heure actuelle ?

Je me suis inscrit en septembre 2014, cela fait donc quasiment un an. Nous ne sommes pour l’instant que quelques uns en France, et nous avons un nombre de demandes en très forte croissance. Je cherche donc à susciter des vocations de maker :-)

enable

On assiste depuis quelques jours à un véritable emballement médiatique autour de Maxence présenté comme le premier français à porter une prothèse imprimée en 3D. Comment vivez-vous cet intérêt soudain et parfois le manque de sérieux de certains médias ?

Comme souvent, les média ont parfois largement déformé la réalité (certains ont même parlé de greffe…). La réalité est que Maxence est la première personne en France à être équipée par e-Nable, et je l’ai rappelé à chaque fois que j’ai parlé à un journaliste. Il existe effectivement de nombreuses autres initiatives et c’est une excellente chose ! Cela dit ce buzz involontaire est le bienvenu pour l’Assédea (association regroupant des parents d’enfants ayant une agénésie), qui a gagné en visibilité, pour e-Nable, et pour l’impression 3D en général.

Revenons à la prothèse de Maxence. Pourriez-vous nous apporter quelques précisions d’ordre technique. Quelle imprimante et quels matériaux ont été utilisés ? Combien de temps a t’il fallu pour imprimer les différentes pièces ?

Les mains de Maxence (je lui en ai fait deux) ont été imprimées en PLA sur une Prusa i3 rework. Tous les modèles sont open source et sont disponibles sur Thingiverse. Il a fallu une dizaine d’heures de préparation (Maxence avait des demandes très précises, un peu complexes à réaliser sur une imprimante mono couleur), environ vingt-quatre heures d’impression par main, et trois heures d’assemblage.

prothèse enable

e-Nable va t’elle prochainement équiper d’autres personnes en France ?

Tout le travail fourni par les membres d’e-Nable (dont le mien) est basé sur le volontariat. Aucune rémunération n’est demandée lorsque nous réalisons des mains, et aucune rétribution n’est fournie par e-Nable. Cela signifie aussi qu’e-Nable passe après le travail et la famille. Notre équipe de coordinateurs maintient une liste de demandeurs et les met en relation avec les fabricants lorsque ceux-ci le désirent. En France je travaille avec l’Assedea  pour centraliser les demandes qui sont en forte croissance, et organiser le travail des makers. Le nombre de demandes est important en Europe et, malgré une croissance remarquable (+5000 membres en un an), nous ne parvenons pas pour l’instant à fournir toute la demande. Toutes les bonnes volontés et tous les relais sont donc les bienvenus.

Les makers souhaitant intégrer le programme doivent s’inscrire sur e-Nable France. Pour plus d’informations contacter Thierry Oquidam à l’adresse suivante : thierry.oquidam@deltait.fr

  • Les modèles d’e-Nable sont open source et disponibles gratuitement sur Thingiverse. Le prix d’une prothèse varie en fonction du modèle, de 50 € jusqu’à plusieurs centaines d’euros pour les plus élaborés. La Prusa i3 rework utilisée par Thierry est disponible pour 550 € TTC (livraison comprise) sur Reprap France.

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