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Rencontre avec Beelse et sa solution logicielle pour dématérialiser les stocks de pièces détachées

réduire les stocks grâce à l'impression 3D

Connue comme un moyen de production efficace lorsqu’il s’agit de fabriquer rapidement des prototypes ou des pièces finies complexes, l’impression 3D offre des perspectives tout aussi passionnantes sur le marché de la pièce détachée. Un pan entier de l’économie dépend de ces pièces, souvent coûteuses, parfois même introuvables, qui tant qu’elles ne sont pas remplacées immobilisent des machines ou rendent des produits inutilisables par leurs utilisateurs. La liberté de conception de l’impression 3D permet de répondre à cette problématique en fabriquant à la demande un grand nombre de pièces défectueuses ou manquantes. Leur disponibilité rapide au plus près du besoin ainsi que l’allongement de la durée de vie des produits associés, n’est pas le seul bénéfice apporté par la fabrication additive. Elle est aussi une opportunité formidable pour s’affranchir de ces stocks énormes de produits qui encombrent les entrepôts des entreprises en les numérisant. Telle est l’ambition de Beelse, une start-up française qui a développé une solution logicielle permettant la dématérialisation des entrepôts et de produire à la demande au plus près du besoin. Pour vous faire découvrir cette jeune pousse grenobloise pleine d’ambitions, Primante3D est allé à la rencontre de son co-fondateur Yannick Marion.

« nous développons des technologies qui permettent de produire à la demande sur des moyens de production connectés à travers la planète… »

Yannick Marion, fondateur de Beelse

Yannick Marion, co-fondateur et président de Beelse

Bonjour Yannick, pourriez-vous nous parler de votre parcours avant Beelse et de votre première rencontre avec l’impression 3D  ?

Je suis ancien sportif de haut niveau, j’ai un parcours scolaire d’école de commerce et j’ai créé Beelse à la fin de mes 3 années d’alternance chez Thales. Fascinante, j’ai découvert la FA autour des applications médicales en 2013. La même année où Barack Obama annonce dans son discours sur l’État de l’Union que cette technologie allait révolutionner l’industrie.

Quelles problématiques souhaitiez-vous résoudre en créant Beelse ?

Chez Beelse, nous observons une mutation profonde de l’industrie. Cette mutation est principalement dirigée par le besoin d’être en cohérence avec les enjeux économiques sociétaux et environnementaux d’aujourd’hui. Nous avons à cœur d’accélérer cette mutation et d’apporter de la simplicité et de l’immédiateté dans ce secteur.

Pour cela nous développons des technologies qui permettent de produire à la demande sur des moyens de production connectés à travers la planète afin de produire de façon immédiate au plus près du besoin.

« Accessible depuis un navigateur web, BCM donne la possibilité aux entreprises de se construire un stock numérique de pièces détachées »

équipe de Beelse

Expliquez-nous concrètement le fonctionnement votre technologie logicielle.

Beelse Cloud Manufacturing (BCM) est une technologie de production qui permet à son utilisateur de commander la quantité de pièces détachées désirées avec une production immédiate et au plus près du besoin. Accessible depuis un navigateur web, BCM donne la possibilité aux entreprises de se construire un stock numérique de pièces détachées. C’est-à-dire qu’elles stockent uniquement l’ensemble des informations qui sont nécessaires pour réaliser la pièce à son cahier des charges. Chez Beelse, nous appelons ces informations : « l’ADN d’une pièce ».

L’ ADN est « entreposé » dans un lieu sécurisé qui devient « l’entrepôt numérique » de l’entreprise. Ensuite entre en jeu la partie « Manufacturing as a Service » de BCM.  BCM aiguille chaque commande sur des moyens de production interne à l’entreprise et/ou sur des moyens de production externalisés qui se situent chez des professionnels de la fabrication additive. À chaque commande, BCM rapproche le moyen de production – connecté et disponible en temps réel – en capacité de produire la pièce au cahier des charges et située au plus proche de l’adresse de livraison. L’utilisateur peut suivre l’état d’avancement de sa commande jusqu’à la livraison sans se soucier du reste.

Quelles sont les technologies additives et matériaux disponibles sur votre plateforme ?

À ce jour, nous couvrons l’ensemble des technologies de FA et leurs matières compatibles pour produire des pièces fonctionnelles en milieu industriel ou présentes dans un produit fini. La très grande majorité des pièces qui sont produites avec BCM sont en plastique ou en métal et elles répondent parfois à de très grandes contraintes techniques ou mécaniques.

Que pouvez-vous nous dire sur votre modèle économique et vos offres ?

BCM est disponible sous forme d’abonnement avec 3 formules qui s’adaptent à chaque typologie d’entreprise. Nous appliquons une commission pour chaque commande produite sur des moyens de production externalisés. Une entreprise peut disposer de toute la puissance du cloud manufacturing pour seulement 454 € par mois.

Nous avons aussi mis en place une offre adaptée aux startups. Cette proposition donne accès à l’ensemble des formules de BCM avec une réduction de 90% la première année par exemple.  Cette offre Startup est importante pour nous. Nous avons identifié les grandes contraintes auxquelles elles sont confrontées pour mettre leur produit sur le marché. Nous avons à cœur de participer à la réussite des projets en leur simplifiant l’accès au monde industriel.

« Les pièces qui n’ont pas de PI sont redessinées si besoin et nous accompagnons le client sur cette étape »

technologie BCM

Imaginons un entrepôt de bricolage qui vient vous voir pour dématérialiser ses stocks. Concrètement comment procédez-vous à la sélection des pièces pour la fabrication additive et leur digitalisation ?

Lorsqu’un potentiel client s’intéresse à nos solutions, c’est qu’il a une volonté de piloter cette mutation manufacturière dans son activité ou que cette dernière a déjà un impact. Lorsqu’un distributeur comme une société de distribution dans le secteur du Bricolage nous propose une collaboration, la première étape est de préciser les enjeux. Aujourd’hui ces enjeux sont principalement autour de l’approvisionnement de pièces détachées pour le SAV. La loi sur l’économie circulaire (qui est entrée en vigueur au 1er janvier 2021) a considérablement bousculé l’ordre établi.

La seconde étape est d’identifier un échantillon de pièces détachées éligibles au Cloud Manufacturing et de faire un état des lieux de leur propriété intellectuelle (PI). Les pièces qui n’ont pas de PI sont redessinées si besoin et nous accompagnons le client sur cette étape. Les pièces dont la PI est détenue par le fournisseur (la marque), nous lui proposons un accès à BCM pour qu’il puisse lui aussi profiter des avantages du Cloud Manufacturing et mettre en place un nouveau business model avec son distributeur.

À savoir que BCM prend en compte la gestion de la PI. Il existe une fonctionnalité de partage de pièces entre plusieurs comptes BCM pour qu’un fournisseur puisse autoriser la production à la demande de pièce détachée par son distributeur avec en contrepartie, une redevance. Aussi, l’accès à l’industrialisation étant radicalement simplifié avec BCM, l’envie de proposer aux clients des Marques de Distributeur (MDD) est de plus en plus grandissante.

« Des pièces de SAV comme des éléments qui ont des fonctions de guide et qui composent une machine spéciale par exemple »

technologie développée par Beelse

Donnez-nous trois exemples concrets de pièces ayant bénéficié de votre solution.

Nos clients utilisent BCM pour stocker et produire :

  • Des pièces de maintenance industrielle comme des préhenseurs. Elles s’intègrent généralement dans un volume de 12cm3 et elles sont faites principalement en polymère sur des technologies à base de poudre. Dans cette catégorie, on retrouve aussi des carters, des engrenages, des roues, etc.
  • Des pièces de SAV comme des éléments qui ont des fonctions de guide et qui composent une machine spéciale par exemple. Certaines sont en Inox d’autres en Maraging, elles peuvent mesurer 16cm de long et elles sont faites en DMLS.
  • Des pièces qui constituent un produit fini et commercialisées comme des éléments de carénage constituant un consommable de laboratoire. Ces pièces sont faites en MJF, passent en autoclave et mesurent en moyenne 7 cm x 4 cm x 2 cm.

Que pouvez-vous nous dire sur vos données, que ce soit par exemple en terme de pourcentage de pièces éligibles à l’impression 3D ou de leur nature ? Peut-on dresser un profil type de pièce ?

En fonction des secteurs d’activités, on observe que 5 à 15 % des pièces détachées présentes sur étagères sont éligibles sur les plans techniques et économiques pour exister sur BCM. Ce pourcentage augmente significativement lorsqu’un produit est développé en prenant en compte directement les possibilités d’une production en Cloud Manufacturing.

À chaque fois, on observe des profils types se démarquer. Par exemple, dans la maintenance industrielle. La plupart des éléments de sécurité qui ont une fonction fusible ont un réel avantage à être produit avec BCM.

« pour certains de nos clients, les seules pièces obtenues dans les délais sont celles qu’ils produisent avec BCM »

analyse des stocks

Comment procédez-vous à la sélection des technologies qui composent votre parc machine et de vos partenaires de fabrication ?

Lorsqu’un client construit l’ADN de sa pièce, il le construit en suivant un guide d’usage. C’est le résultat de ce guide d’usage qui propose le couple technologie et matière qui sont statistiquement le mieux adaptés pour que la pièce réponde au cahier des charges.

Ensuite, le client teste techniquement la pièce de son côté lors d’une production d’essai pour valider son ADN. Enfin à chaque commande, BCM choisira le partenaire qui répond aux critères présents dans l’ADN de la pièce et qui est au plus proche du lieu de livraison.

Enfin, quel bilan tirez-vous de 2020 ? Dites-nous en plus sur vos ambitions.

Pour Beelse, 2020 a été l’année du lancement commercial de BCM suite à la concrétisation de 4,5 années de Recherches & Développements. Nous avons observé la pertinence de notre approche auprès de nos clients, notamment sur l’indépendance qu’ils ont gagnée quant à leurs besoins d’obtenir des pièces détachées.

Encore aujourd’hui, pour certains de nos clients, les seules pièces obtenues dans les délais sont celles qu’ils produisent avec BCM. Notre objectif est désormais d’informer les entreprises des nouvelles possibilités qui leur sont désormais accessibles grâce à BCM. Pour cela, nous avons accueilli 5 nouveaux collaborateurs en 2020 et nous continuons d’augmenter nos effectifs pour toujours mieux servir nos clients en 2021.

Nous pensons que 2022 sera l’année de notre expansion internationale. Nous ouvrons un champ infini de possibles. Notre approche collaborative est source d’émulation. : grâce à nous, les entreprises peuvent envisager des fonctionnements inédits et nous leur permettons de créer de la valeur durable et responsable.

Alexandre Moussion